Ethiopique

Le temps tourne et ronce les allées du jardin

Amiloch poésie poème Alfred Miloch Cineur Un tour en poésie Poésien


ETHIOPIQUE - intro
 
 
Et partir un matin
Partir chercher l’oubli
Avec pour tout bagage
Une branche d’ormeau
Emballés dans un drap
Un pauvre pissenlit
Une quille de vin
Dans la tête un écrin
Dans la poche un couteau
Devenir Abyssin
 
Alfred Miloch Cineur - Cuhon –  avril 2006

Les tournesols

La tête courbée sur le sol,
Toute l'armée s'est résignée.
Le bourreau qui l'a désignée,
Elle qui caressait le fol

Espoir de prolonger l'été,
C'est le temps : ding, ding, ding et dol,
Qui manoeuvre les tournesols
Aux coeurs percés d'obscurité.

Bien affaité, l'oiseau de proie
Chaperonné - C'est un gerfaut,
Attend par son maître empêché...

Trois heures sonnent au clocher ;
Indifférent aux soleils froids,
Il attend que passe la faux.

Amiloch - automne 2025

Les enfants gâtés


Ont des vies mal bercées
Des mâts dans la caboche
Et puis rien dans les poches
Qu'ils ont aussi percées

Ils fuient de tous côtés
Ces diables d'écumoires
Rompus à la mémoire
De mers détricotées

Les enfants colmatés
Ont des clous dans les dents
Le coeur et les chaussures

le regard brocardant
Les coques calfatées
Dont nous sommes bien sûr

Amiloch octobre 2025

A l’épave

Les mots sont des radeaux
Prosaïques véreux
Qui vont aventureux
A l'échard des surfaces

- Etranges cafardeaux
Sombres sourds et fugaces - 
Crever les flots encreux
De leur puissante étrave

Ils s'en vont smorzando
Déversant à l'épave
Avec un peu d'audace

Loger au temps qui passe
Le chant d'un brigandeau
Qui veut compter sur eux

Amiloch Août 2025

Gemini stars

Dans le soleil couchant, d'étranges asphodèles,
Pouvant laisser penser à l'âme bucolique
A des mâts étoilés, gîtent, cryptesthésiques,
Bercés par les échos d'une onde naturelle.

C'est Tristan qui cordèle un vieil arc-à-musique
Aux orbes irisés, il compose pour elle,
Les yeux baignés des bleus perdus d'Earendel ;
Yseut, sur le chemin, belle et mélancolique.

Près de la fleur des morts qui doucement balance,
Les deux, main dans la main, se jurent en silence
De n'oublier jamais les scellés de l'instant ;

Comme le vent du soir se charge de mystère,
On perçoit un soupir - il passe sur la Terre
Des amants étoilés un air de nuit des temps

Amiloch - mai 2025

Luiseul

à F.B.

A l'heure première
Luiseul à la Lune
Passe en bandoulière
Toute sa fortune

Un luth en noyer
Une gibecière

Le sac étincèle
Près de la mandore
C'est  Earendel
Témoin de l'aurore

En éclats piégée
Par le vieux trouvère

Rebouteur d'étoile

Filée de là-haut
Dans un sac en toile
Brillée en morceaux

Près du coeur léger
Du traîne-poussière

On l'entend tinter
Cordée, vagabonde
Et contrepointée
Du hère à la ronde

Aux doigts affrétés
Perclus de lumière

Amiloch - Juillet 2024


Le cerisier

J'ai dans mon cerisier mis le peu d'importance
Que ne se donnent pas les vieux enracinés
Si je m'engage au bois d'un de ceux qui sont nés
Sur leur tombe et dont on néglige la portance

C'est pour mieux souligner la superbe impotence
De leurs membres noueux aux vents amarinés
Soutenant le poète ils se sont inclinés
J'ai mis dans mon cahier leur mauvaise potence

Ecorcée sous le joug des feux qu'elle a subis
Elle attend le tison se perlant de vermeilles
Des gemmes que l'été monte en boucles d'oreilles

Le merle peut toujours siffler son air moqueur
Jusqu'à l'éternité ; le temps, pauvre vainqueur
N'effacera jamais ses pendants de rubis

Amiloch - mai 2023

L'artilleur au rameau

L'artilleur au rameau choisit ses munitions
Décalibre à loisir ce brave dictionnaire
Inverse quelques mots en vieux permissionnaire
Et poursuit le combat : tout fors la reddition !

Il sait que l'règlement et les définitions
C'est pour l'un bien parler et mieux l'autre se taire
Une plume obusière arme le libertaire
Qui est tantôt hiatus, tantôt répétition

Contre tous les canons, il s'en va, pousse au crime
De lèse-majesté, assassin de la rime
Bariller en plein coeur de bourgeons le printemps

Sociéter en secret l'ordre du  bouton d'or
Liseré de lilas, mugueter l'avant-poste
De la vie qui débâcle et suspendre le temps

Amiloch - mars 2023
L'artilleur au rameau (pièce de printemps)

L'aérophile

La nuit les hameaux sont tes îles,
Les fermes tes bateaux perdus
D'où montent les chants éperdus
De marins pris par les argiles.

Au-dessus des flots, suspendu,
Rame, rame, l'aérophile
Fais le balancier sur un fil
Entre deux nuages tendu.

Matelot de l'Entre-deux-Mondes
Navigue sous la lune ronde;
A la sirène noctambule

Va chanter tes amours profondes
Sur les ocres vagues et blondes
Ta complainte de funambule.

Amiloch - février 2023

Les Marines

III - Les Escassiers

A midi chaloupant, ils vont par les chemins,
Sous un soleil de plomb, à travers la garrigue,
Résolus et pieux, ignorant la fatigue,
En vieux copains clopant sur les pommes de pins.

L'esprit manque au premier ; à l'autre c'est la main
Le second pense à tout, pour lui et pour cézigue
Devant va Le Ravi, derrière, Bectefigue
Ils partagent leurs bouts de misère et de pain.

A les voir cahoter, le gabian se demande
Ce qu'ils peuvent avoir à verser en offrande ;
Il croit que le salut leur est inaccessible.

Ce couple d'estropiés est de ma contrebande :
Un rameau plein d'espoir, quelques brins de lavande
Contre un oeillet barbu, et tout nous est possible.

Amiloch - octobre 2022

Les Marines

II - Escapade

Une silhouette glisse
A la vague soulevant
Un pointu qui sous le vent
- Au sang que le soir esquisse -

Souffle en écumes côtières
A la mer, à la chapelle,
Comme un écho qui rappelle
L'indifférence des pierres.

Un oeil creux sur l'horizon
Plique à cette trahison
Un air triste et maladif

Ploque en horloges gouttières
Les embruns de vies entières
Aux soupirs du château d'If

Amiloch - octobre 2022

Septembre

Aux lueurs du souper se patine la plaine
Quand s'attarde au verger l'été qui se repose ;
Septembre est à sa fin, en silence il compose
De nuances cuivrées comme une cantilène.

Sur le toit des maisons, on le voit qui dépose
Une lumière d'or et le vieux tire-laine
Que je suis devenu dérobe à cette scène
Le précieux trésor qu'à la nuit il oppose.

Alors, à son chevet, attablé à la forge -
Trempés aux orangés de ce rare butin -
Je martèle muet les mots d'un chant profane

Jusqu'à ce que le coq enchante à pleine gorge
Les heures purpurines d'un nouveau matin
Pour mieux accompagner la saison qui se fane.

Amiloch Septembre 2022

Les Marines

I - Phocée

Tout au bout de ce monde
Les yeux ne touchent rien
Qu'une eau bleue et profonde
Où latine l'Afrique

L'oreille vagabonde
Je goûte en saharien
La ville et sa faconde
Aux reflets homériques

D'une ruelle insigne
A la craie blanche un signe
Appelle, ésotérique

Aux vertus sans égales
Humbles, théologales
Entre les bleus des criques

Amiloch - Septembre 2022

Pitaine

Il cabote solitaire
Noyé dans le quotidien
Croise près du méridien
Les bras entre ciel et terre

Sur la ligne imaginaire.
Roulant de vagues argiles
Son oeil miroite des îles
Ombrées de bois ordinaires.

On lui donne du pitaine
Mais lui se dit matelot.
Le sourire doux-amer

Dans ses loques de futaine
Il reprise au fil de l'eau
Les naufrages d'Ocremer.

Amiloch juillet 2022

Porte-plume

La pluie va par les fossés
Jusque dans le lit de l'onde
Porter jusqu'au bout du monde
L'eau des âmes cabossées

Sous un vieil aulne adossé
Tout à l'horizon qui gronde
Dans ses hardes vagabondes
Porte-plume est déchaussé

Il s'ensommeille à la terre
S'enveloppe de Mystère
D'ozone et de pétrichor

Une mouche à son visage
Achève le paysage
En paix on dirait qu'il dort

Amiloch avril 2022

Ocremer

C'est à perte de vue l'océan minéral
Une étendue de terre où de larges faisceaux
De blé font le sillage d'étranges vaisseaux
Dont les feux dissipent la clarté sidérale

Je sillonne en secret les ocres littorales
Aux nuits des navires chalutant leurs boisseaux
De grains battus au vent dans les champs abyssaux
Sous la lune côtière claire et pastorale

Les pierres échouées d'un mur en plein naufrage
S'emmoussent doucement témoins de mon passage
Quelques monstres terrins dorment tristes et beaux

Des calcaires noyés dans la plaine l'écume

Ecrête les argiles en vagues de brume 

Flottant sur l'ocremer sous l'oeil noir des corbeaux

Amiloch /avril 2022

Vie de grenier

 
En haut de l’escalier qui monte à fleur de pierre 
Quand à l’entrebaîllée rouille le fond du jour 
A vous plus que jamais je veux penser toujours 
Juste à fermer les yeux on se croirait hier 
 
Une robe un costume épaulés de poussière 
Enchâlée de faux or une ancienne carafe 
Deux lettres dans le chêne en guise de paraphe 
Témoignent encore de vos heures princières 
 
Un crapaud de velours dort au milieu des livres 
Eternel automate aux ombres que délivre 
Une lampe à pétrole de verre et d’étain 
 
Au mur, une araignée, sous un rameau de buis 
Entre quelques outils oubliés là depuis 
Napperonne de fils vos souvenirs éteints 

Amiloch /  février 2022


Nuance

Aux yeux de l'aube l'imageur
Sous des échelles violines
Pose des lueurs opalines
Qui flottent dans le jour naissant

Offrant à ceux du voyageur
Sur fond d'étoffes zinzolines
Un ciel pourpre et sa mousseline
De luminaires lactescents

L'homme déambule si las
Le pas perdu qui va charriant
Son cours d'humeurs versicolore

Il contemple le jour éclore
L'avenir se joue à l'orient
Evêque améthyste et lilas


Amiloch - octobre 2021

Coeur d'aiguille

Je n'aime pas les trains qui partent dans le soir
Et vous laissent muet pour un temps là debout
Avec pour seul écho celui de l'au revoir
Un regard un baiser et ils emportent tout

La rose aventurière le jour le soldat
Ils s'en vont lentement lisses et silencieux
Chacun dans sa voiture et le plus nuageux
De penser à sourire garde le mandat

Les uns vont loin d'ici et songent de l'avant
Avec pour tout bagage une lettre incertaine
Tant il y a si loin de la fleur au ruban

Les autres restent là le coeur vide et le vent
Ne laisse sur le quai qu'une impression qui traîne
Un soupir un journal et ton nom sur un banc

Amiloch -  août 2021

Palaisiade

Rêveur aux feux de l'aurore
Sur la plage d'un bureau
Aux tons architecturaux
Regardant le jour éclore

Seul à sa feuille en Sisyphe
Ephémère prometteur
Un douanier entremetteur
Pose son oeil incisif

Déchemine au pont du Diable
Agençant de mots de sable
Condamnés et triomphants

Des châteaux de vanité
Que garderont les enfants
Comme un peu d'éternité

Amiloch  2021

Traîne-ruisseaux

Au vent des heures premières
Tout vêtu d'ombre et pâlot
Il quitte sa chacunière
A la quête d'un ruisseau

Fuyant les jeux de lumières
S'accommode au fil de l'eau
Du jour et de ses ornières
En parallèle, au verso

Sous-boit un peu de rosée
Aux bras blancs de la stellaire
Et rentre anamorphosé
Le coeur léger l'âme ailaire

Sifflant tel un roitelet.
Le soir venu il s'enfeuille
On devine un ruisselet
Qui lui sourd au coin de l'oeil

Amiloch - juillet 2021


1976

à Flore

J'avais tout je ne savais rien
Au poste on donnait des nouvelles
Ombre torpeur au méridien
Le soir se jouait à la chandelle

Je m'en allais intemporel
Après la soupe à la manille
Sur les pas d'Arthur et Borel
Confier en secret de famille

- La brise épillait l'amourette -
Le bleu de mes rêves terriens
A la mine il y a lurette.
J'avais tout je ne savais rien.

Amiloch 

Lusingando

Un arpège de violon
Venant du fond de la mémoire,
Dans un pli donne de la moire
Au satin du petit salon.

Des notes blanches de saison
Tombées d'une ancienne écritoire
Suivant le fil de leur histoire,
Une éphémère liaison

Encrochée de mélancolie,
Filent aux échos d'un couloir.
Reste de leur traîne jolie
Le chemin muet du manoir

Des éclats de rires clapis,
Une fiancée qui fredonne...
Le vent léger qui s'abandonne
En soupire sous les tapis.

A. Miloch Cineur 2021

Les Sorgueux

Au manteau rougeoyant d'un astre sentinelle,
Les franges de la terre tissent un refuge
A mon âme lunaire, pâle et lucifuge,
En qui les braves gens voient une criminelle.

A l'heure grise où l'oeil confond l'or et la rouille,
Où les volets se ferment aux échos des bois,
Le couchant nous ajoure et notre coeur flamboie ;
La sorgue ouvre sa porte et se répand la grouille...

Les encapés, les camineux, les erratiques,
Les bien-drapés, les épineux, les romantiques,
La belle au bras du roi des gueux, tous à la fête !

Accompli notre souffle passe danse et rêve,
Il se bat à la tierce et quand finit la trêve,
Toutes les aubes sont de somptueuses défaites.


Amiloch - 2021

Ici l'aube

L'automne fait les cent pas
Croix de bois, croix de pierre
S'enfeuille aux seuils des maisons

Le gui se boule à grands pas
Croix de bois, croix d'hiver
Flore n'attend que raison

Eglantines en gala

Le printemps est à deux pas
Croix de bois, croix de lierre
Approche la feuillaison

Les jours allongent le pas
Croix de bois, croix de fer
Les serments sont de saison

Ici l'aube et nous voilà.

Amiloch - 2021

Mal cousu

"Arlequin fait de tout de rien
De délavé de quelque note
A la pensée qui s'enroulotte...
- Et se moque d'être un vaurien !

- Il s'enfosse au bout des chemins !
- Epris de lune dérivière
On dit qu'il rit de la lumière
Des reflets de l'eau dans ses mains !" 

A la plume des compassés
  Mal-Cousu n'est pas à la fête.
"Mais où a-t-il donc pu passer ?"
 Il bat des ailes dans sa tête

Amiloch mars 2021

L'Emporte-coeur

Il avait la jambe de bois,
L'oeil de la mer et dans l'écume,
Fumait tout et n'importe quoi,
L'Amsterdamer et l'amertume.

Sur son épaule un perroquet
Le soir, envoyait les couleurs
A vers croisés ; il embarquait
Jusqu'à ce que sombrent les heures.

La coupe fine, les liqueurs,
Carguaient alors ses idées noires.
Au feu d'une lampe-tempête,

Sloopant le fil de sa mémoire
Au portrait rond d'une escopette,
Appareillait l'Emporte-coeur.

Amiloch 2021

Le grand oeuvre

Cérémonieusement dégoutter l'existence
Aux encres de Saturne au secret des lampions
Calciner au creuset jusqu'à ébullition
Les humeurs volatiles du temps qui s'écrit

Simplement éclairé d'une infusion de Lune
Lessiver patiemment les scories du berceau
A l'ombre mille fois seul gris et sans un mot
Dans une fiole blanche empager l'élixir

Distiller les rosées promises à l'oubli
Fort des aubes dorées sublimer chaque jour
Aux heures de Vénus en formules étranges
Extraordinaires combinaisons des sens

Inondé de lumière au fil des eaux nouvelles
Puiser à l'encrier la flamboyante vie
Verre philosophal incandescente épure
Dont il ne reste au fond qu'une poudre rubis

A. Miloch Cineur - février 2021

Rondeau d'avril

Voici venu le temps nouveau
La nouvelle court sur les terres
Le coucou chansonne l'hiver
Une fleur neige à l'arbrisseau

Offre le soir à coeur ouvert
Le muguet s'invite au berceau
Voici venu le temps nouveau
La nouvelle court sur les terres

Elle ensoleille le ruisseau
D'or, le fossé de primevères
Le silence de mots couverts
Flore prépare son trousseau
Voici venu le temps nouveau


A. Miloch Cineur - 2021

In Dubium


 
Je guigne les athées, jalouse les croyants
Qui pour leurs certitudes, pour leur bonne foi,
- Sainte Mère, que ne suis-je un de ces voyants -
Parlent de probité, fort et souventefois !
 
Je ferais volontiers l’aumône aux sans argens
« Qui n’ont pas la finesse et la distinction
De notre noblesse, de notre bonne gent »
Jusqu’à me déborder d’autosatisfaction…
 
« Mais enfin mon ami, que dites-vous donc là ?
Entre l’or et l’orient, chacun est à sa place,
Que deviendrait le monde sans agencement ? »
 
Gardez votre morale et tous vos tralalas
Vos sorties, vos entrées, vos divertissements
Le doute du plus sale au bas mot les efface



Amiloch Cineur 2021

Souvenence

L'herbe a gagné le pied de l'échelle enraillée
Qu'est devenue la belle au vent de Chimérie ?
Qui pour débroussailler ?

Le temps a recouvert d'une fine poussière
Le feuillage léger d'un roman de rosier
Qui pour tourner la page ?

Le chant silencieux d'un jeune troubadour
Escalade le mur à l'ombre de la Lune
Chi pr le cheùre a bas ?

A. Miloch décembre 2020


L'Inspire

Latente est la sirène aux vaisseaux engluée
Percluse pour un temps
Il perçoit sourdement ses appels affluer
Patiente, elle l'attend

Témoin, il n'y a là que le duel ordinaire
Que se livrent au touchant
Le regard indulgent et les yeux doctrinaires !
Aveugle et trébuchant

Il émerge au matin et meurtri à la marge
Par l'Inspire au répit
Il charrie ses eaux noires, chantonne à tue-tête

Pour taire cette voie, il doit prendre le large
De ses flots en dépit
Redescendre le soir et affronter la bête


A.M.C. Novembre 2020

Fatum

Comme il est bon le soir à l'ocre des toitures
Allongé à l'ombre d'un été qui prend fin
D'attendre que le ciel pique sa couverture
D'un milliard de soleils et de pouvoir enfin

Sur le chemin qui va d'Alkaïd aux Pléiades
Saluer simplement l'âme et le coeur légers
Quand se trouve altérée la parfaite triade
Délesté que l'on est de sa raison piégée

L'infini... De temps en temps, incisant la voûte
Une poussière passe, estafile la nuit
Entraînant son cortège de voeux en sillage

De mots familiers que le poète envoûte
Pendant que sous la lampe vous baillez d'ennui
Froids et silencieux à son feu de passage.


A.M.C. - octobre 2020

Bord-du-Ciel s'en va fauchant

De l'autre côté du champ
Vagabonde sans visage
L'horizon dans son sillage
Bord-du-Ciel qui va fauchant

Lacs de lin en bandoulière
Il gagne son point d'ancrage
L'aplomb d'un noyer sans âge
Qui pousse en bord d'univers

Au pied de l'arbre à l'envers
Témoigne de son passage
Une ligne de mouillage
Un reste de cordelière

A.M. Cineur juillet 2020

Quand les deux poings ouverts

Au matin elle monte au-dessus des toitures
Portant loin sous le vent les couleurs d’un clocher
Elle va soulevant de son feu la droiture
Derrière mes rideaux je la vois approcher

Lentement. Nuageux, d’espérance drapé
Je l’observe à l’écart des tentures velours
Au mi-jour d’un écrin de verdure enchappé
Majestueusement se glisser dans l’air lourd

Profitant de l’instant je dérobe au passage
Un peu de cette étrange, gracieuse et sage
Dérive nonchalante au tissu affrété 

Quand les deux poings ouverts en guise de jumelles
Je peux apercevoir le coeur de la nacelle
Au soir elle descend, on sait que c’est l’été.


A.Miloch. Cineur 2016-2020

Encore un jour passera

Encore un jour passera
Sur la margelle du puits
Au doux parfum du lilas

Je partirai sur l’honneur,
Des graines dans ma sacoche ;
Je marcherai jusqu’au soir,
Le bâton ferme à la main.

Quelques mots de mise, une heure
Pliée au fond de la poche, 
Je m’en irai faire un tour
Jusqu’aux confins du pays.

La pluie fera comme hier
Des îles sur le chemin ;
La lumière au bout du jour
Etamera les miroirs

De l’eau du fond des ornières.
Ton coeur sous mon paletot,
Je trèflerai les fossés,
Je saluerai l’horizon.

Seul à la grotte voussé,
Révérencieux à l’instant,
Protégé d’un boqueteau,
Je sèmerai mes images,

Douces à l’abri du vent.
Le plus chaste des visages,
La rose et le liseron,
La terre d’une abbaye,

L’ivresse de mes errances,
Des jours passés l’insouciance.
Je regagnerai serein
Le silence du jardin

Encore un jour passera
Sur la margelle du puits
A profiter du lilas.

A.M. Cineur avril 2020

Les étoiliers

Aux curieux qui veulent  savoir
Ce qui se joue à l'horizon
Munis de clous, les étoiliers

Répondent que c'est la saison
Et d'un sourire pardonnant
Un martelet à la ceinture

Sur les marchés abandonnant
Qui sa montre qui sa monture
Pour un peu plus de corde à ciel

Ils ne gardent que l'essentiel.
Piquées sur une voûte noire
Je vois leurs  pointes argentées.

A. Miloch Cineur
février 2020

Chasse-cloche

Enlumineur
A fleur de pierre
Seul au chapitre
Chasse-cloche

Dore les murs
D'un air cuivré
De souvenirs
A la croche

Au promenoir
Les jours émiette
Au soir les heures
Effiloche

Ensorceleur
Sous le ciel noir
Ton coeur boussole
Dans sa poche

A.M.C. Décembre 2017

Degrescendo

à Léon D.


Dans le cabinet noir, entre les pardessus
Jicky et Scarfati font naître des images
De colliers amatis, d'essences, de voyages
Plein-de-soupe s'enivre aux parfums du tissu

Il se laisse bercer par les bras sans issue
D'une antique sirène aux multiples visages
Sa couronne d'oeillets aux herbes du rivage
Aurones et feuillets en branches par-dessus

Les années ont passé mais la muse s'acharne
Elle joue tristement des reflets de la Marne
Et trouble les effets de sa seule égérie

Aux cendres de sa lettre une neige dorée
Comme l'eau porte au loin le visage adoré
Lentement abdique le roi de Chimérie

Alfred Miloch Cineur,  automne 2018

Les yeux creux

Les yeux creux                         A u matin                           S'imaginent                  Sans manteau             Se dévillent                    Sans un mot                            S'enveloppent             D'une toile                         Poussiéreux             Etoilés                                                Apostale         Se désîlent    
                              Et s'en vont                                                                   Sous le vent
                                                                                                               
                                                           Ils se lèvent     
                                                                                             Chaloupant
                                                          Dévoilant     
                                                                           Un oiseau 

A. Miloch C. printemps 2017

Dongjing

Sur la table cerise une tasse en porcelaine,
Un chat que l'or déguise, à l'oeil austère, persan,
Qui porte sur l'échine un petit châle de laine,
Un bibelot d'Indochine et des parfums d'Orient

Rapportent sans déranger, silencieusement,
A qui veut bien l'entendre les douloureuses peines,
Les délices exquises des voyages d'antan
Et les souvenirs feutrés des provinces lointaines.

L'horloge se répète, je viens de temps en temps
Infuser ma mémoire de pastels anodins,
Des spirales jaunies qui emmouchent le plafond.

Le vieux  piano reste muet, Debussy s'y morfond,
Le temps tourne et enronce les allées du jardin,
L'horloge se répète, je suis là et j'attends.

A.M. Cineur - 2011

Phrase en jour d'hiver

Las,
Janvier
Au matin
Sur le chemin
M'avait déposé,
Le ciel au creux des yeux,
Le froid à celui des mains :
J'allais et mes pas dans la terre
- De celle qui encolle l'hiver,
Où sont nichés les souvenirs du merle
Où le gui perle, où les deux feux d'un canon
Sonnent tristement les corneilles du pantin
A l'heure où les croquants sont tous attablés
Et en silence implorent leur pardon -
Empreintaient, comment dire, prélunes,
La seule voie que j'entendais,
Timide dans le lointain,
Comme un écho de toi,
Toi, toi, l'autre mois
Des lendemains
Que l'espoir
Au soir
Tient.

 

A. Miloch Cineur 2019


LE DOMAINE
 
J’ai vu distinctement dans la cour du domaine, 
Le lierre entre la pierre et les volets fermés ; 
J’ai entendu les plaintes, les peurs inhumaines 
D’un spectre sous le vent trop longtemps enfermé. 
 
J’ai posé la main sur le géant centenaire, 
Fait le tour du jardin, au matin dévoilé, 
A l’accoutumance de mes heures lunaires, 
Aux vers de mes errances trois fois étoilés. 
 
Le soleil est si pâle à l’hiver d’aujourd’hui, 
Les hiboux sont tranquilles le soir au noyer, 
Quelques jolis fantômes sourient aux allées. 
 
Dans un ultime râle Spectre s’est enfui, 
Tout n’est plus que douceur, encensoir au foyer, 
J'ai refermé la grille et je m’en suis allé.

A. Miloch Cineur 2010

NOVEMBRE

 

Je vais dans le lointain - il fait encore nuit,

Sans réveiller les chiens, passant comme un voleur,

Chercher sur les chemins les secrets de l'oubli

Faire passer le temps, faire passer les heures,

 

Tout écharpé, chagrin, suspendu aux étoiles ;

L'une paraît si loin et regarde la Terre

Dont l'aube est au repos ; elle ne prendra le voile

Qu'au matin dans mon dos, et sa faible lumière

 

Adoucira ma peine pour que je m'endorme.

Je marche en silence dans l'indistinction,

La brume m'accompagne en guenilles difformes,

 

Nous cheminons ensemble, piètre réconfort,

Le jour est aux abois, une croix de mission

Me souffle au passage le souvenir des morts.

A. Miloch Cineur 2006


EN BATEAU
 
Les yeux au bord de l’eau, les pieds empeupliés, 
J’allais et mon manteau me faisait capitaine ; 
Priant pour le salut d’un canot à misaine 
Et de trois matelots à la mine liés. 
 
Je manœuvrais heureux mon gréement de fortune, 
Le courant capricieux se faisait mon allié ; 
L’horizon incertain promettait  au voilier 
Les océans lointains de marées opportunes. 
 
Les rayons du soleil en célestes phalanges, 
Miroitaient le Miosson et une libellule 
Dansait  aux chants légers d’invisibles oiseaux 
 
L’air était aux abeilles, à quelques cheveux d’anges, 
Aux herbes piquées d’or et depuis ma cellule 
Je revois mon esquif échoué dans les roseaux.

A. Miloch Cineur 2009

L’APRES-PLUIE

 

Je vous le lis, c’est entre nous

Sur le pavé juste en dessous

Là sous la pluie

Comme en ces fins d’après-midi

Où il faisait un peu plus doux

Enfin, je crois

Vous avoir vue, là dans la rue

Sur le trottoir sous les gouttières

J’ai tendu des heures entières

Je vous passe les commentaires

Là dans la rue c’est entre nous

Un billet doux :

Entre les étoiles se faufile

Et goutte l’eau qui coule sur les tuiles

Je suis là, j'attends j’ai peur du soir

Je voudrais vous y voir

 

Je vous le dis c’est en dessous

Sur le pavé juste entre nous

Là sous la pluie

Comme sans fin ces après-minuit

Où je ne pensais plus qu’à vous

Enfin je crois

Vous avoir vue là dans la rue

Sur le trottoir, sous la lumière

En attendant sous les gouttières

Entre les étoiles se faufile

Et goutte l’eau qui coule sur les tuiles

Je suis là, j'attends j’ai peur du soir

Je voudrais vous y voir

 

Que le temps passe, comment taire

Le sentiment que j’ai pour vous

Là dans la rue je désespère

Là dans la rue ce n’est pas vous

Je voudrais vous y voir.

 

Je vous l’écris, c’est entre nous

Sur le pavé, juste en dessous

Juste pour vous

Comme en ces matins d’après-pluie

Où nous nous donnions rendez-vous

En fin, je crois

Vous avoir vue, là dans la rue

Sur le trottoir, sous les gouttières

J’ai tendu des heures entières

Sous les étoiles qui se défilent

J’écoute l’eau qui coule sur les tuiles

Je suis là, j’attends, encore un soir

Je viens pour vous y voir

A. Miloch Cineur 2004


CREPUSCULAIRES
 
Sur les routes encailloutées
Qui s’étirent jusqu’au couchant
Cahotent les vieux enchantés
 
Ils s’encarrossent, détachant
De l’or qui file à l’horizon
Leurs trompettes de campanules
 
Les enfants rient et tournent autour
En véritables libellules
Cortège de la fin du jour
 
Ambassadeurs enamourés
Joueurs de flûtes atypiques
Crépusculaires souriants
 
Pour célébrer votre passage
Je vous offre un peu de musique
Ce qu’il me reste d’équipage
 
La nuit dans un sac étoilé
De mes gigues les violons
Un bouquet de croches entoilées
 
Un courant d’air

  • A. Miloch Cineur 2015

NOUS SOMMES DE PLUIE

Le temps goutte à goutte au salon
Un ruisseau perle sur mon front
Qui coule presque sans un bruit
Une fleur pousse à ta ceinture
O toi mon unique saison

Je perçois dans une égoutture

Joli miroir des indigents 

Encapé de l'or du silence
Le reflet d'un poisson d'argent
Ta couronne de liserons
L'horloge muette sur le mur
 

Nous sortons qui sommes de pluie

A. Miloch Cineur 2019

Le factionnaire

De sa tête s'échappe un peu de cervolaine
Grand, son oeil boutonneux ne tient plus qu'à un fil
De vent, d'airs oublieux, il a les poches pleines
Sur son épaule maigre une corneille effile

Presqu'au niveau du coeur le miséricordieux.
Un sourire bancal de dandy galvaudeux
Il porte bras en croix ses anciennes cousures
Les toiles pisseuses de ses vieux oripeaux

Et courageusement, se bat contre l'usure.
Gardien des champs perdus, le dernier saisonnier
Se souvient d'impossibles amours, des adieux

A l'appel du couchant, murmure au chansonnier
Ses souvenirs de fleurs et nous rions tous deux
De nous voir à nouveau une plume au chapeau.

A. Miloch Cineur 2020

Mon âme a des trous

Mon âme a des trous
Ma culotte aussi
On voit mes genoux
Mes souliers sourient
Mon âme a des trous
Mon gilet aussi
Et de temps en temps
De la poésie
Coule sur mes joues

Mon âme a des trous
Et mon coeur aussi
Quand il pleut beaucoup
C'est un vrai souci
Mon âme a des trous
Ma casquette aussi
Et de temps en temps
Le temps s'y répand
Jusqu'à l'amnésie

Mon âme a des trous
Elle s'éclaircit
Pleure de partout
Elle part à pluie
Se barre en cascades
Ruisselle ruisselle
Goutte sans un bruit
Mon âme a des trous
Par lesquels je fuis.

A.Miloch Cineur - 2020

Ethiopique - outro

Et partir un matin
Emballé dans un drap
Les lèvres entrouvertes
Les pensées recouvertes
Avec pour tout bagage
Le souvenir léger
Des étangs au secret
L’amertume jolie
De la mélancolie
Devenir enfin rien
 
Alfred Miloch Cineur - Cuhon - 2006