Déconstruction

Je ne connais pas de texte dépourvu de sens. Chacun s'approprie les mots, fait ses images et la résonance est personnelle. Il est possible de se noyer dans une page sur laquelle un autre marcherait sans même se mouiller les souliers. 

  Il y a des lignes que l'on dit magnifiques et qui nous laissent froids et d'autres qualifiées de fausses ou d'insignifiantes qui nous touchent dans ce que nous avons de plus intime. En  poursuivant votre lecture, vous entrez chez moi. Bien sûr, vous entendrez ma voix, mais aussi celles de quelques autres poésiens qui cabanent dans mes histoires. Je vous laisse ; c'est ouvert, vous n'avez qu'à pousser la porte. 


Alfred Miloch Cineur Poète Poésie Poème

Les tournesols

Retournement d'image. Mais que s'imaginent-ils, ces tournesols ?  Et nous, qu'espérer ? Le temps, personnifié, fauche l'espoir avec une mécanique implacable. L'horloge désaccordée, obsédante, marque sa progression inévitable. 
Retenir la lumière, ce n'est qu'à cela que j'aspire. Tournefol.

A Merveille

Luiseul

En écho à "Elles seules". Elles, ce sont les harpes de Frédéric Bougouin. Dans la famille des étoiliers, Luiseul , c'est le musicien... à la besace tintante d'éclats singuliers. D'aucuns diront que ce sont des bouts de mica ramassés au clair d'un chemin, mais nous savons tous les deux que ce sont des fragments d'étoile. 
Lors de sa venue au domaine, nous avons échangé sur le voyage musical qu'il prépare.
Je lui offre une provision de mots.
De l'autre côté du Black Nox, au coeur de la constellation de la Baleine.  

Le Mange-monde

On ne crée rien à partir de rien : c'est une évidence bonne à rappeler. Quel que soit l'aspect qu'elle revêt, le nom plus ou moins pompeux qu'on lui donne, la création, la graine, l'inspiration ou le je-ne-sais-quoi... c'est la bête, et rien d'autre. Quand le texte est achevé, la bête est repue. Elle me fiche la paix pour un temps. J'en profite pour me promener, faire des provisions, d'images, de sons et de sensations parce que je sais que la bête, un jour, se manifestera de nouveau. Et elle aura faim. Elle aura faim et il faudra la satisfaire ; nous sommes des mange-monde.

Le cerisier

C'est une histoire de générations. L'homme, le cerisier... On ne porte pas le même regard sur l'arbre et sur le fruit. Nous avons tous été cerises et rien n'efface ce temps-là... Pour beaucoup nous sommes devenus cerisiers et grosso modo, les choses sont bien ainsi (je passe sur les tailles intempestives, les pigeons qui se gavent, le ciel et la terre qui deviennent de plus en plus secs). Fructification.
L'arbre, c'est l'homme, et l'homme, c'est le poète. 
Quatorze vers pour une cerise.

L'arc-en-terre

Sur l'Ocremer, la discrétion des couleurs désespère les gens de passage. L'oeil exercé, quand il se pose, le soir, balaye les paysages qu'il a croisés dans la journée. Il fait le ménage, à la recherche d'un arc-en-terre. Pas facile à trouver... Le plus souvent, je me contente d'un arc partiel. Du moment qu'il y ait du vert, du jaune, du rouge et du bleu, j'y trouve mon compte. Aujourd'hui, par exemple, un panneau stop, un peu d'herbe sur le chemin, un ciel dégagé et une tête de borne départementale. Plus loin, par touches, des coquelicots, de la mousse sur un mur, des lichens, un peu d'espoir. Les restes de l'arc-en-terre.

Dialogue autour d'un brin d'herbe

Déconstruction en cours

Gardien de phare

Pourquoi croyez-vous qu'un arbre isolé ait été épargné et qu'il soit seul à cet endroit ?  Souvent, c'est un noyer. Ce sont des repères, voilà tout. S'il existe une carte de l'Ocremer, elle fait forcément mention de ces phares. Le jour, ils sont visibles de loin, mais la nuit... Combien sont-ils, les gardiens ? Nul ne le sait, pas même les étoiliers. Les arbres sont des interfaces entre eux. Si une nuit vous traversez la plaine et que vous voyez une lumière immobile scintiller, trop basse pour être une étoile, pensez-y.
Clin d'oeil à Robert F. Young 

Les Escassiers

Je ne connaissais pas le mot "escassier" avant d'aller faire un tour sur leur chemin, de croix pour les boiteux et les amis du niveau à bulle.  J'ai tout de suite noté deux mots : équilibre et déséquilibre. Le texte s'est construit autour d'eux. Les deux mots se sont changés en deux éclopés qui se complètent. Il y a l'équilibre-déséquilibre de la marche, des deux hommes entre eux et au-delà, l'équilibre-déséquilibre qui les relie au gabian, ce douanier splendide dont on devine la tenue qui contraste avec celle des deux amochés. Pour finir, il y a  quelque chose chez ce couple-là, une espèce de lueur dans le regard qui n'est pas sans rappeler celle que l'on peut lire dans les yeux des étoiliers du pays d'Ocremer.

Focus

Dies praeteritos

Vous ne vous êtes jamais demandé ce qu'ils avaient dans la tête ? Un père, une mère, des grands-parents, des oncles ou tantes, d'ici, de là, des cousins d'ailleurs, des connaissances, de vagues souvenirs, de parfaits inconnus... Ils vous regardent sans vous voir à travers le temps et on perçoit leurs échos. Le plus difficile est de se débarrasser de la nostalgie... Après, on entend les rires, les impatiences. Vivement qu'elle soit faite, sa photo, qu'on puisse aller jouer. Au programme : gagner une étape du Tour de France, réparer mon vélosolex, affronter une armée de pissenlits avec une simple baguette de noisetier. Et puis, j'ai une poupée à peigner avant le bal de ce soir,  il me faut aussi éplucher les légumes et trouver trois navigateurs pour piloter les coquilles de noix qui doivent descendre le ruisseau avant la nuit (j'ai vu des gendarmes sur le bord de l'abreuvoir). Si j'ai le temps, je m'inventerai un amoureux. Bon, je peux y aller ?  

Plume au canon

Les bûches ont des bras, des jambes. De temps en temps, elles laissent échapper un râle sifflant. De l'indicible. Le bois claque comme un coup de d'arme à feu. Boire un canon lui fait peut-être perdre la raison. Au départ, ça fait causer, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à dire. Aux cendres, il ne reste plus qu'à écrire. Début et fin de conflit ; fleur au fusil, plume au canon.

Escapade

Les îles du Frioul. Spectacle étonnant que celui de ce bateau à voile qui semblait avoir quitté le château d'If et se dirigeait vers la côte. Qui était à son bord ? Je suis resté un moment à le regarder depuis le pont de la navette qui nous emmenait à Pointe-Rouge. Un nom m'est revenu : François Picaud. Monsieur le cordonnier, il aurait été injuste que l'on ne vous rendît point hommage en ces circonstances.
Escapade, c'est une échappée, bien sûr, une vue sur le fort et le pointu qui file, laissant le prisonnier mesurer le temps en comptant les gouttes qui sonnent dans son cachot.

Septembre

Quand l'été s'éternise, le Soleil fatigué se repose ici, avant de reprendre son tour de la Terre et pendant quelques minutes, il est possible de faire le plein de sa lumière. Alors là, ce n'est pas difficile : chacun sa technique. Personnellement, j'utilise une grosse seringue. Il faut faire attention, pas à cause de l'aiguille, mais de la fugacité. Choisir l'instant n'est pas vraiment un art, c'est l'aboutissement de centaines d'essais pour rien. Une seconde, on sent la chaleur sur la peau et on voit l'or se répandre autour de soi. Il faut tirer sur le piston et emplir la seringue car l'instant d'après, c'est fichu. La fraîcheur, le jaune qui vire à l'orangé, bref, on n'y est plus.
Mais quelle fierté, quel égoïsme de rentrer avec le précieux trésor dans la poche ! On sait que la nuit sera belle... Avec la seringue, enfin, avec la mienne, on peut remplir une demi-douzaine de cartouches d'encre. 

Les Marines I- Phocée

Loin de l'Ocremer. Cité cosmopolite où tout est plus qu'ailleurs jusqu'à trop. Trop bleu, trop soleil, trop mer... Patrie des déracinés, trop quartiers, trop vite et trop foule. Escale des couleurs, des silences aux murs, des pointus, des scooters, des échanges d'épices et des marins de circonstances. Trop fresques, trop rythme et trop tendance. Métissage de cultures inondantes. Et, côtière, trop belle aussi qu'elle en cache la vie qui fourmille, ordinaire.
Bienvenue à Marseille

Concerteau

Il a vraiment bien plu. Sans doute que j'ai déplacé des tuiles en montant observer le ciel, la nuit d'avant, à l'occasion des Perséides. Je vais quand même y jeter un oeil... La première fois que j'ai assisté à un concerteau, c'était affaire de sérendipité. une pluie battante alors que je n'avais pas bien isolé une partie du toit. Dans l'urgence, j'ai utilisé ce que j'avais sous la main pour éviter l'inondation. Un simple seau... Trois gouttes, trois do, le début de "Au clair de la Lune". J'ai cherché une gamelle en ré, une en mi...
Parfois, je trace une portée sur une page de carnet et  j'écris la mélodie orageuse qui passe la toiture. C'est le carnet des "concerteaux".

Pitaine

Pas très loin de chez moi passe le méridien de Greenwich. Un jour je suis tombé sur une borne au milieu de nulle part. Ici passe le méridien de Greenwich. J'ai fait "le funambule" sur cette ligne imaginaire, en faisant bien attention à ne pas tomber. Un pied devant l'autre, pile entre l'hémisphère est et l'hémisphère ouest ! 
Et dire qu'il y en a qui vont chercher l'aventure à l'autre bout du monde...

Sorcelière

On en fait tous, des rêves étranges... En soi, écouter un oiseau vous raconter son histoire n'a rien d'extraordinaire.  Mais celui-là était une sorcelière. Leurs récits sont toujours perturbants. Qu'est-ce que je faisais au petit matin devant ce bûcher ? Je n'en sais rien. Qu'étais-je pour elle exactement ? Un curieux, un lâche, une composante de cette foule venue au spectacle, un inquisiteur dans cette histoire. Quand je me suis réveillé, l'oiseau n'était pas au bord de ma fenêtre. Je suis persuadé que c'est son cri qui m'a réveillé. 

Trois pies

Etre un moineau, cela n'empêche pas de rêver d'être un albatros... Mais quand on est une pie, on jacasse, on jacasse... Ce n'est pas en bricolant des ailes en carton à un homme qu'on en fait un oiseau. Ceux qui veulent devenir des pies, qu'ils s'habillent de noir et de blanc, et jacassent, mais qu'ils fichent la paix au moineau sur sa branche. Il le sait, qu'il n'est pas un albatros... Et tout va bien. Ah ! la norme...
Et puis, ça rêve de quoi, un albatros ? De marcher, peut-être.

Porte-plume

Au sens propre. Tout cela parce qu'il a des plumes à son chapeau...  C'est une référence à l'écriture qui est souvent prise pour une fantaisie champêtre. Curieuse scène que celle de Porte-plume, qui (se) repose là, à l'abri d'un arbre. Il a enlevé ses chaussures car trop serrées. Le temps est plutôt doux, l'averse est passée mais le temps reste incertain. Le tonnerre gronde au loin... Dans les odeurs d'après-pluie, Porte-plume s'assoupit. Attirée par le peu de chaleur qui émane de ce corps, une mouche vient se poser. Elle fait tache, tache noire... vilain grain de beauté en vérité. 
-  Clin d'oeil au poésien qui a fait un parallèle avec le Dormeur du val...  -

Ocremer

J'aimerais regrouper quelques pièces sous le titre Ocremer. L'ocremer, c'est la plaine où je navigue. Quand le soleil se couche, je longe la côte. J'ai mon chemin de douanier. De là, l'été, je vois d'énormes engins moissonner. On dirait des cargos sur un océan de terre. Tout arrive en vrac, le bruit des machines, l'odeur des céréales coupées, les feux des projecteurs qui brillent à en déboussoler la Lune... Un océan de perceptions. Pas le temps de tergiverser, quand j'ai besoin d'un mot, je l'écris. Qu'il existe ou pas n'a aucune importance. Le fait même de l'écrire le fait exister.
Ocremer, c'est un de ces mots inventés parce qu'aucun ne peut décrire mieux que lui cette immensité argilo calcaire qui m'entoure.

Vie de grenier

 On passe la porte de bois et l'intérieur, c'est un mélange de "chambre aux patates", de grange et de grenier intemporel. Un grenier qui a existé, où la lumière entre par un oeil de boeuf pour faire danser la poussière. Il y a là toute la mémoire d'un bonheur qui dort là  paisiblement. On s'y sent bien ; on n'a pas envie de gêner... Les mariés sont là qui me sourient, elle assise dans le crapaud et lui debout à côté. Il a la main sur l'épaule de sa femme. Aujourd'hui, il a repris ses vêtements de journalier. C'était une belle journée, n'est-ce pas ? On hoche la tête et puis il faut partir. Le service en porcelaine est toujours là.
Pour l'anecdote, le début du texte a été écrit en écoutant "Loulou", une chanson de William Sheller. D'ailleurs, on peut chanter le texte  du poème sur cette mélodie.

Transhumance

Un mouton a filé par la fenêtre. Un mouton de poussière... C'est vrai que le ciel était bien gris, c'était facile pour lui de penser qu'il pouvait s'enfuir sans qu'on le remarque. La fenêtre descend jusqu'au parquet, cela favorise l'évasion...  Il en reste un petit troupeau que j'élève en secret, mais ne l'ébruitez pas.
Ce n'est pas de la saleté, c'est du temps. 

Jeu de quille

Jeu de bouteille en heptasyllabes où l'on embarque à ses risques et péril.  Mille voyages où la quille est à la fois ce bout de bois qui ne demande qu'à tomber, la jambe de celui qui titube et la pièce de charpente qui contrebalance la gîte du bateau. Je dois être à bord car j'ai confondu les syllabes de table avec celles à taire, ce qui donne des vers bancales, des travers... La gîte, ce n'est pas que le tango des battages  (danse rituelle sur l'ocremer), mais aussi un endroit de perdition. Un peu comme l'écriture. On le sait ; on y va quand même. Tout le monde n'est pas fait pour l'incertitude du quai. Tchin !

Contrariété

Avec Madamonsieur, on ne peut pas parler. C'est comme ci et pas comme ça. Avec le temps, On s'épuise... Et si par hasard, eille change d'avis et se range au vôtre, eh bien, à la bonne heure, et puis c'est tout. Juste pour Madamonsieur, au cas où eille passerait par là : n'oubliez pas - pas de fourmi, pas de tamanoir.
J'aime bien cette formule qui sonne un peu bla bla bli.

Nuance

"Qu'est-ce qui se joue là-bas ?" J'allais au devant de questions qui viennent avec le temps. Rarement le jour et la nuit s'étaient entremêlés à ce point au dessus du globe. J'ai levé le nez au ciel et enlevé ma casquette. Il y avait trois sources de lumière : celle de l'homme - des réverbères - comme des petites boules de ouate, celle de la nature - du soleil caché - qui donnait au ciel de fin de nuit une incroyable variété de violets, et une autre.
La ligne brisée des toitures dessinait comme un fil sombre sur la colline parsemée de feux cotonneux. Au milieu de cette neige électrique se dressait l'ombre tranquille d'un clocher.

Weirdy writer

Texte à rapprocher de "L'inspire", dans la section Ethiopique. Celui-ci est apparemment plus fantaisiste, mais c'est bien du travail d'écriture dont il est question. Un mot plutôt qu'un autre pour que l'ensemble sonne juste. Parfois il faut couper, assembler et relire, laisser reposer et revenir à la découpe, et relire encore, en gardant le cap. 
C'est une véritable partition que le texte. Ah ! j'ai bien conscience que c'est prétentieux d'écrire cela, mais comment le partager autrement ? C'est la lecture qui fait le poème.

Avatar

Tout poème est une espèce d'avatar. A peine les premières encres lui donnent-elles un peu de vie qu'il s'éveille. S'engage alors un échange entre l'homme et la créature. Ils se parlent. Celle-ci absorbe naturellement des mots qui lui sont proposés par celui-là, en rejette d'autres sans discussion. D'autres encore sont objets de négociations. A la fin, le texte se détache, éphémère émanation du poète qui bien après sa mort, revit un peu à chaque lecture.
 Et l'on s'étonne que le prétentieux soit maudit... 

Une mouette

Que faisait-elle là, au pays des grolles, loin de la mer ?
Elle a dû croiser un renard, un rapace ou un chasseur. Un bout de chiffon porté par le vent s'est arrêté sur l'oiseau mort. De loin, on aurait dit qu'il faisait voile...

Coeur d'aiguille

A la croisée des  voix, les vapeurs finissent toujours par faire des nuages. Pour le reste, rien n'est certain. Dans destination, je veux croire qu'il y a bien un peu de destin.
Il me suffit de voir un train passer au loin et je suis à bord, en route pour la capitale avec dans mon sac, un cahier et un stylo, assis, avec les dernières racines qui s'étirent jusqu'à devenir fines comme des cheveux et claquer. Coups de fouets sur la machine qui serpente à travers champs pour lui signifier que plus rien ne me retient. Alors ce sont les paysages qui défilent, déjà différents. A quoi penses-tu, toi qui es resté sur le quai ? A quoi penses-tu, dis, Coeur d'aiguille ?

Palaisiade

J'ai, depuis la côte, vu des corsaires passer au large de Cordouan.
J'ai, depuis le chemin, chanté les exploits du marin sans navire.
J'ai, depuis le balcon, vu le hollandais volant et la retraite aux flambeaux.
J'ai regardé les explosions de couleurs, la nuit, près de l'île-au-cygne.
J'ai, après avoir fait le tour de l'étang, beaucoup écrit.
J'ai, depuis le temps, fait mille fois le sentier qui va de 1920 à ce matin.
J'en connais le moindre rocher coupant, le plus petit sentier dans les pins, les marchés et leurs ambassadeurs pleins de verbe qui sont là chaque année pour la dernière fois.
J'ai longtemps vécu dans cette carte postale.

Les châteaux de vanité, ce sont les forteresses de sable et aussi tous ces textes.

Le Garde-page

Dernier poste avant l'horizon... Le domaine est posé là. Après, c'est le champ à perte de vue, avec les sillons qui ressemblent tant aux lignes d'un cahier ouvert et sa couverture bleue. A quoi bon se demander ce qu'il y a, au bout ? C'est évident ! Il y a le ciel. Tu marches, tu marches et quand tu es arrivé au bout, tu escalades. Ce n'est pas donné à tout le monde, on est d'accord : de jour, l'entreprise est vaine. De nuit, les étoiliers se lancent à l'assaut de la voûte, mais ils sont équipés. Et puis, ils sont au bout de  leur chemin. Si tu n'es pas au bout de ton chemin, tu peux marcher toute l'éternité, tu n'arriveras nulle part.
Quand même, à force de temps qui passe, il perd un peu la raison, le garde-page. Au bout de son chemin, pas sûr qu'il arrive en bord de ciel. Aucun moyen de le savoir, sauf à contempler les étoiles toutes les nuits pour voir s'il y a du changement.

Honolulu

La photographie, c'est joli quand ça évoque. A voir ce champ de blé, je me souviens du vent tiède au soir d'un juillet plutôt doux et humide. Ce vent qui entrait dans mon automobile comme j'allais retrouver les miens après avoir tenu compagnie à une montgolfière en fin d'après-midi. Il y avait ce petit bruit de claquement de voile que faisait une ceinture de sécurité, à l'arrière, et l'air avait cette odeur si particulière que dégage le bitume à l'après-pluie.
Pour tout autre, c'est une simple photo.
Une photographie, c'est un évocateur. Si elle ne résonne pas chez celle ou celui qui la regarde, c'est une pauvre image et  rien d'autre. Tant qu'elle résonnera, je la garderai.
Chez Madamonsieur, on essaye de se souvenir. Qu'est-ce qui était bien ? Honolulu ? Bien sûr que non... Ce qu'eille cherche et qu'eille ne trouve plus, c'est sa jeunesse. 

Traîne-ruisseaux

Le matin, partir avec un seul objectif, trouver un endroit pour faire un moulin, appareiller un vaisseau-Seyès... Un endroit où l'on peut déjeuner tranquillement sous le feuillage, voire tailler une branche et bricoler un harpon à gardon. Un de ces lieux paisibles où il n'est point besoin de refaire le monde puisqu'il est très bien comme il y est. Le soir rentrer, et attendre le jour.
Traîne-ruisseaux, Mal-Cousu, Bord-du-Ciel, les Sorgueux, les étoiliers... Du beau monde en vérité, que vous fréquentez là, mon cher Alfred.
Eh !

1976

Quel été ! Un de ceux qui semblaient si longs... On jouait aux cartes, à la lumière de la lampe à pétrole. Dehors, je ne voyais pas le même arbre, je ne comprenais pas le même champ, je ne vivais pas le même chemin.  C'est comme ça... Ce n'est pas mieux, ni pire, sans doute. La graine en train de germer, peut-être. Je percevais sans comprendre.

Tà Fantastika

Quand le Soleil pleut à foison, il laisse sur le champ un millier d'éclats, comme des petits morceaux de feu dans l'herbe verte. Il me fallait traverser pour, de l'autre côté, descendre le coteau qui mène à la rivière. Du ciel, le roi Dendelion observait majestueusement...
J'ai taillé une baguette de noisetier. Il allait falloir se frayer un chemin, fendre la horde de pissenlits. J'avais dix ans, j'étais un chevalier. La mission était périlleuse et les chances de s'en sortir plutôt minces, mais bon, quand on est un chevalier, hein...
De taille plus que d'estoc, je me suis lancé à l'assaut des guerriers d'or (mettre la pâtée à un guerrier d'or, ça assure le prestige, tout de même) sans hésiter.

"Messire, montrez que vous avez du coeur, épargnez-les !
- Qui parle ?
- Montrez que vous avez du coeur...
- Ce sont les soldats dorés du roi Dendelion !
- Ce sont des fleurs.
- Pourquoi ferais-je preuve de clémence, passant à l'oeil miroir ?
- Ce serait juste pour l'honneur.
- Mais le roi Dendelion, dans tout ça... 
- Il vous en gardera rancoeur.
- Il me tuera ?
- Probablement, mais vous périrez en vainqueur."

Tout est dit. Avec le temps, le fer de noisetier perd en souplesse... Quel bazar... Je l'avais pourtant rangé par là.

Pour la forme, l'échange fait axe de symétrie.

Ibi semper mecum

Soir d'été. On bavarde gaiement sous l'avancée, de tout, de rien, un verre à la main. Si j'ai lu le dernier... Peut-être, je ne sais plus. "Mademoiselle a été brillamment reçue au concours, vous savez ?" La pauvre fille se prépare un bel avenir socialement très respectable... Non, je ne suis pas sympa, c'est chouette pour elle, et pour ses parents. Je m'en voudrais de porter une ombre au tableau. Je trinque avec le sourire. A la première occasion, je m'éloigne de quelques pas et je regarde l'horizon. Bientôt la nuit.
 Quelque part, là-bas, tout se joue au bord du monde. 
"Quelque chose vous chagrine, Alfred ? Vous avez l'air soucieux..."
Tout est dit. Décidément... Bah ! c'est ainsi... Je décide de revenir à ce qui est vraiment important à leurs yeux.
"J'essayais de retrouver les ingrédients de ce délicieux apéritif. Il est de votre composition ?"
Bien sûr qu'il l'est.  Mon hôte est rassuré. Je reviens vers les autres et je leur parle d'eux.
Après un dernier coup d'oeil sur l'horizon.

Je ne pouvais pas laisser penser que "Les étoiliers" n'étaient que métrique. Le texte de la section Ethiopique est antérieur à celui-ci mais il y puise tout. L'étoilier est à son étoile au point qu'ils en arrivent  parfois à parler d'une seule voix. D'ailleurs, le mot est à l'origine une composition des deux mots "étoile" et "lier"
Ibi semper mecum, les étoiliers ; l'horlogerie et le temps perdu.

Lusingando

Dans les vieilles demeures, en été, on ouvre les fenêtres et la chaleur n'entre presque pas. Mais le vent, lui, s'invite au salon. Il réveille les temps passés... On croit alors alors entendre quelques conversations feutrées, des rires, des plissements de robes. Dehors des pas sur le gravier et des oiseaux invisibles.  Il fait bon.

Passe-t-il ?

Bonjour madame, bonjour monsieur... Bonjour tout court. Ou bien une main portée à la casquette, un hochement de tête. Pas grand chose, peut-être, mais juste montrer qu'on l'a vue ou qu'il existe. Sans commisération, par politesse. Dire bonjour n'engage à rien (des fois, même, ça vaut une pièce) - ça se fait, quoi... 
J'ai le souvenir de ce jeune homme qui est venu me voir. "Mon père vous aimait bien".
Je ne le connaissais pas plus que cela, son père. On se croisait le matin et on échangeait un salut de la main, c'est tout. Cela voulait tout dire : bon courage, à demain, faut y aller, sale temps, hein ? C'est reparti, bonne journée... 
On ne s'est jamais adressé la parole.

Les Sorgueux

A la tombée du jour, les sorgueux se préparent. Il y a de tout : des fêtards, des ombreux, des qui glissent, d'autres qui se promènent... Chacun sa raison d'attendre que le soleil ait fini sa ronde pour sortir. Accompli ; à complies. Le texte est construit de façon à ce que les invités arrivent progressivement. Une personne, puis nous, puis ils et tous. Au pas des sorgueux, on ne regarde pas si tu te vêts de lin ou de soie. La danse de rigueur est la valse, que l'on entend dans le premier tercet. A Tierce, la fête bat son plein. Il faut rentrer au chant du coq.

Essorage

Un ramage fantastique
Un chant secret
Une île

Il y est aussi question d'oiseau, à ce qu'il paraît. Mais qu'est-ce qu'un ramage fantastique ? Pour un chant secret, Petit pense savoir : c'est un chant que l'on n'entend pas... 
Un ramage fantastique, c'est une mélodie fabuleuse, mais Petit n'en sait rien. Pour lui, un ramage, c'est un rameau. Les deux sens sont corrects, bien sûr, mais ici, chacun le sien. Essorage, c'est une leçon de morale déguisée en poème qui ramène en classe chacune, chacun d'entre nous. On peut y lire toute la problématique de l'école : les consignes, l'évaluation, la posture... 
Tant qu'il y aura des fenêtres, ça ira. Pour moi, elles seront toujours des radeaux.

De son crayon pousse un rameau... C'est fantastique, non ?
Si Petit ne dit rien, c'est qu'il chante en secret.
Et puis, à bien y regarder, à force de fenêtre... il déserte...

Ici l'aube

Il nous faut attendre une éclaircie... A en juger par tout le blanc qui saupoudre les pommiers, nous devons être encore en avril... Sous le préau, un couple de xylocopes perturbe ma rêverie. Est-ce le même que l'an passé ? Certainement pas... Mais il y a des choses qui reviennent, comme ça, comme les saisons, le muguet, les noix, et qui vous font croire qu'il y a des trous dans la toile, des coins de jardin qui traversent le temps. Je porte la main à mon front et regarde l'horizon... Là-bas, de l'autre côté du monde, les nuages filent en indiens près du sol. Aucun doute, on livre bataille quelque part dans la plaine... Oui, le ciel s'assombrit.
Mmm... Je reste accroché à la promesse de l'aube. Il faut prendre les choses comme elles viennent.
 Elles sont inoffensives, les abeilles charpentières. 

Mal-Cousu

Mal-Cousu, c'est un assemblage... Ce n'est pas qu'il manque d'intégrité, mais bon, il a du mou dans les coutures, quoi. Et c'est tout ce qu'on voit de lui. Evidemment, ça la fout mal chez les compassés... Ceux-là même qui détestent tout ce qui est troué. Chacun sa façon de voir. Ils ont un avantage, les compassés, sur les Mal-cousus, c'est qu'ils peuvent s'attabler et profiter de leur compagnie. Non, vraiment, très peu pour moi. Si vous me cherchez, je fais miroiter la Roche Bourreau du côté nord-ouest... Y'a qu'à tendre l'oreille.

L'Emporte-coeur

Les apparences et tout ce qu'elles cachent... Un vrai concentré de tous les thèmes que l'on trouve dans le coin : l'Amsterdamer, à lui seul, résume tout. Tabac de coupe fine et mélange exotique ancré dans l'Hexagone.  La solitude de l'insolitaire, le voyage de l'amarré, et le temps qui pendule. 

Le Gris

Un rat, une route, un galet, une gouttière, une mine, autant de choses insignifiantes qui juxtaposées, m'apparaissent comme un joli camaïeu. Cadeau.

Le grand oeuvre

Le grand oeuvre, c'est le poème lui-même, une alchimie du verbe. Classique et particulier ; pas de rime inutile ni de ponctuation superflue mais du calcul. Il faut respecter les étapes de l'écriture. Calcination, lessivage, sublimation, incandescence... A déguster avec un Vosne-Romanée 1968. 

Rondeau d'avril

Clin d'oeil à Charles d'Orléans... Pour le thème et le choix du rondeau. C'est un hommage au printemps, et plus particulièrement à ce mois d'avril, qui revient toujours avec de nouvelles promesses. Flore, c'est l'allégorie du printemps... Il y a des mots couverts, mais à l'heure de ces lignes, les beaux jours se font attendre. Qu'importe, je suis patient. Rondeau, donc, en octosyllabes, avare de ponctuation. Deux lectures : avril en mois, avril en moi. La nouvelle court sur les terres. Une naissance, un mariage... Le souvenir d'un petit brin de muguet introduit clandestinement dans une chambre d'hôpital et la promesse du lilas.

Chute libre

Mon carnet de vol est bien rempli. Je me souviens de mon baptême de l'air... Réunion d'aviateurs cloués au sol, lors de l'hiver 93. Depuis, vols de nuit, escapades, longs-courriers, le tout sans jamais avoir pris l'avion. A quoi bon, d'ailleurs ? Pas un ne m'emportera aussi loin que mon vieux biplan de la belle époque.

In Dubium

Au-delà des athées, des croyants, ce sont les certitudes que j'envie parfois. Mais les certitudes sont pleines de condescendance, quand paradoxalement, elles ne sont pas un signe extérieur d'ignorance... Pouah ! poliment, j'écoute, mais le Nanpeuplus me passe entre les oreilles et je finis souvent par prendre l'air. Je décroche. Avec le temps, j'ai remarqué que les gens qui en parlent le plus sont souvent ceux qui en connaissent le moins. Rien d'extraordinaire, me direz-vous... Je m'en doutais depuis longtemps, mais j'accumule les preuves. Je fais sans doute partie du lot, mais plus va, moins je parle. Je me dis que c'est bon signe. On se rassure comme on peut. Maintenant, j'apprécie les autres à la qualité de leurs silences. 

Souvenence

Sous la lune, l'échelle s'est éloignée du mur. Nul ne sait ce que sont devenus les amants, si amants il y eut. La chambre, tout là-haut, est restée en l'état. On dit qu'une troupe du Prince Noir remontait vers le Poitou, cette nuit-là. On raconte aussi qu'un chevalier du pays a rejoint les rangs d'Albion en cette fin d'été. Le feu et les siècles se sont chargés du reste.

Prémices

Madamonsieur, c'est le couple parfait. En apparence. Elle et lui tant fusionnés qu'on ne distingue pas toujours qui est qui. Alors, forcément, quand une moitié de l'être manque, l'autre ne peut pas s'en sortir indemne. Pourtant, jusqu'au bout, Madamonsieur n'y croira pas. C'est que ces gens-là, comme disait le chanteur,... L'ambassadeur, c'est le premier grain de poussière. Le début du déclin pour cette chimère de Croquant. Eille finira comme les peux, ni plus, ni moins.

L'Inspire

La sirène et le marin, la muse et le poète, les moulins et Alonso, les oscillations perpétuelles entre l'auroral et le crépusculaire, l'ivresse et la sobriété, le coeur et la raison. Pour l'écriture, le combat est toujours interne et la bête souvent coriace. On n'arrive à avoir la paix qu'une fois le texte achevé. Oui, achevé est le mot juste. Le contrepoids de l'Inspire, c'est l'Expire, naturellement. Le texte achevé. Il faut profiter des minutes qui suivent parce que la bête n'est qu'assoupie.
Sonnet à balancier.
Echopoème : quand les deux poings ouverts.

Le Nanpeuplus

Le Nanpeuplus, c'est une intrusion, un incident, un interrupteur. Il arrive bien souvent pendant les réunions et entre sans frapper. Il fait son numéro et repart comme il est arrivé, muet. En partant, il laisse un arrière-goût d'ailleurs dans le sourire et le regard de la tête qu'il vient d'aérer .
Déconstruction en 8 - 4, pas de danse, avec une seule virgule pour souffler.

Fatum

L'alexandrin rappelle les heures. Douze, jusqu'à l'infini... La rupture vient de cette étoile filante, mais le rythme s'installe de nouveau tranquillement... Trois, quatre, cinq, six syllabes et c'est reparti. J'aime bien monter sur les toits... C'est une façon facile de prendre de la hauteur. On voit la même chose que tout le monde, mais sous un autre angle. 
Le poète est juste une poussière qui brûle.

La voix, la cape et le chapeau

J'ai croisé un ambassadeur, ce soir-là...  Il ressemblait à ce personnage assis à l'entrée du "Quatre chats" dans le tableau de Picasso. Grand chapeau, grand manteau... C'est qu'il en faut de l'envergure ! Je ne m'interroge plus sur cet accoutrement : c'était une armure, c'est tout. Dans la salle, il avait un petit rire nerveux qui lui échappait ponctuellement à la lecture de ses textes. Le pauvre garçon est certainement devenu fou de ne pouvoir mettre en mots son poison. La voix, c'est une espèce de cautère, il ne faut pas faire semblant.

En simple pompe

La poésie, je ne sais pas ce que c'est, mais il n'y a pas de vaccin. C'est une grande tablée, avec tous ces mots invités. Une fête comme on n'en voit plus guère. Il y a de la place pour tous, et rien que pour eux... Les bancals, les qui viennent en rimes, riches ou pauvres, brisées, normandes, plates, suivies ou non... Les vers tintent et à la fin se croisent, s'embrassent, se répondent. La fête, quoi. Au bout de la table, le poète préside ce banquet de vent. Empoisonnés, c'est juste un synonyme de poétisés... Au diable les sinistres !

Rocking chair

Le rocking chair, c'est le balancement. On regarde la terre, on regarde les cieux, on regarde la terre, on prend l'eau dans les yeux, on regarde la terre, on se sent plus vieux... Spleen et idéal en un seul objet. C'est un berceau. Rocking chair, c'est le moment de faire une pause introspective légère. A dessiner le temps, je basculerais sur un de ces fauteuils. Il a sur la pendule l'avantage de la suspension, de la parenthèse. Le Koko Panama, c'est un verre de noah sur les bords du Miosson, un jour simple. 

Bord-du-Ciel s'en va fauchant

A l'horizon, seule entre le ciel et la terre, il y a la silhouette d'un noyer. On ne se demande pas pourquoi. Ces branches dépouillées ne sont que les racines de l'arbre à l'envers. Alors Bord-du-Ciel ne va pas s'y pendre, il attache sa corde au tronc et descend faire un tour de l'autre côté de la Terre. Comme souvent.

Le chemin des ifs

Le p'tit village, c'est comme cela que j'appelle le cimetière. Y'a rien à dire de plus. Je l'ai chanté plusieurs fois. Accompagnement en deux temps, sur un tempo assez enlevé qui fait que le public ne voit souvent que le côté village. Maintenant, je précise avant, ce qui génère sourire et malaise. C'est fait pour.

Les Cales

J'aime bien les meubles un peu bancals et surtout la perspective de leur donner de l'assurance. Là où bon nombre de mes contemporains s'agacent d'une table imparfaite, d'une chaise éclopée, d'un banc boiteux, et cherchent désespérément un bout de papier, je me réjouis à la perspective de glisser quelque poème destiné à équilibrer le monde.  J'ai toujours ce qu'il faut dans la poche. Un poème écrit à la main suscite plus de curiosité qu'un texte dactylographié. Je plie la feuille en cinq, le texte restant faces visibles et je le place de façon à stabiliser l'objet. J'aime cette idée que le monde a besoin de poésie pour être équilibré. C'est encore plus savoureux quand le texte est fantaisiste.

Exhalaisons


Des vers à moitié vides. Hexasyllabes qui ne riment à rien ; inventaire éphémère de tout ce qui s'évaporera à l'ouverture de tous les autres textes, quand on les jettera au feu ou qu'on les pliera en huit pour en écraser le contenu sous le pied d'une armoire. Oui, bon, je dramatise à souhait... Quel cabot ! (En plus, j'ai des sauvegardes).

Quand les deux poings ouverts

Le rugissement d'un dragon étrange m'a réveillé un matin. Après avoir donné jour à la chambre et ouvert la fenêtre, le souffle de la bête m'a fait lever les yeux. Elle était là, glissant à quelques mètres du sol,  juste à hauteur du toit qui m'abrite.  Elle a craché un feu rectiligne puis est remontée lentement avant de disparaître du côté des amandiers. J'ai toujours été fasciné par les aéronefs : ils gardent un côté Jules Verne.  Je connais la direction du vent dominant en cette période de l'année, alors j'ai voulu voir d'où venait la créature. J'ai fait des jumelles de mes poings et je les ai dirigées vers l'est. C'est alors que je les ai vues. De toutes les altitudes, de toutes les couleurs, portées par les courants. Elles envahissaient le ciel. 

Juracãn

 J'ai suivi de loin les prestations de ces danseurs atmosphériques. 

Le bourdon

Depuis le temps que ce bâton m'accompagne, je me devais de lui rendre hommage. 

 S'il n'a pas la taille et la fiole de ses ambassadeurs, ce châtaignier sans prétention a une vraie tête de patriarche, plus dure que la vie elle-même, et la pointure de son fer est une assurance contre les terrains glissants et les mauvaises rencontres.

Encore un jour passera

Ce mois d'avril deux mille vingt restera singulier. Ce n'est pas qu'il y avait plus d'oiseaux, ni plus de parfums, de couleurs ou de douceur, non... C'est juste que vous étiez partis.
Comme d'habitude, j'ai pris le chemin d'en face. A la croisée, j'ai marché vers la vallée et ensuite, jusqu'à la rivière, que j'ai longée jusqu'au petit pont, sans doute au-delà du périmètre autorisé. J'ai salué le poilu horizon qui surveille le ponant et je suis rentré après mon passage à la grotte. Au jardin, rien n'avait changé. 

Les étoiliers

On ne naît pas étoilier. Bien sûr, les étoiliers sont tous "de la graine" mais la réciproque n'est pas vraie. Ils cheminent en Poésie et se cherchent, comme beaucoup... Ils s'essayent à la prose, à la métrique, à la musique, à la botanique... Avec le temps, ils arrivent à savoir ce dont ils n'ont pas besoin. Et puis un jour, un soir, un matin, bref, quand c'est l'heure, ils partent. Juste avec une sacoche à étoiles et un petit marteau. A peine une chemise... 
Parvenus à l'horizon, il se servent des clous de leurs prédécesseurs pour entamer l'escalade. L'étoilier n'a qu'un seul but : contribuer. Voilà, c'est tout.

De la graine

"Bah ! Après tout, s'il est heureux comme ça..."
Oui, après tout... Et non, on ne peut pas dire ça. 
Il écrit ce qu'il voit et nous lisons avec nos yeux. Le sens est déconstruit et reconstruit derrière les mots et les lunettes de chacun. Vous imaginez facilement le nombre de corrections. Peut-être que voir avec ses yeux aiderait à comprendre. Mouais...
Ce n'est pas un problème de vue, mais de vision.
C'est pourtant vrai qu'un texte, c'est un champ labouré, vu d'oiseau.

Le factionnaire

On pourrait croire que c'est un épouvantail qui se voûte sous le poids des ans.  Pas du tout, il fait la révérence au soleil couchant. Lui, la vieille sentinelle qui guette le retour des faucheux. Avant la friche, aux temps des édredons de paille.
Je passe le saluer de temps en temps : on se raconte des trucs qui n'intéressent personne. La dernière fois que je l'ai approché, j'ai épaulé ma canne et  j'ai tiré un cri sec. La corneille s'est enfuie en laissant deux plumes. C'était une bonne soirée.

Le temps des grèves

Le vent d'est, ce sont les nouvelles du parti.
"Le temps des grèves", c'est l'histoire d'une valse ouvrière.
 "Quand on n'a rien, on n'a rien à perdre", disait Fernand.
Après son départ, ce n'était plus pareil. Le coeur n'y était pas. Nous nous sommes revus quand même, des années plus tard. Aurore était toujours aussi jolie. 

Les Moustaches

J'avais laissé la voiture dans une de ces rues  où l'on peut encore se stationner gratuitement et je me rendais à une réunion de travail. Dans la rue, rares sont les personnes qui vous regardent. Dans le quartier de la gare, chacun prend bien soin d'éviter l'autre. Heureusement, il y a les affiches. On y concentre le peu d'insouciance et de couleurs qui nous reste. En apparence, seulement... 
Cette affiche-là était un modèle du genre. Finalement, c'est peut-être pour échapper à cet univers promotionnel que les gens baissent le nez.
Enfant, je dessinais des moustaches sur les pipoles qui faisaient les couvertures des magazines. A votre sourire, je vois bien que je ne suis pas le seul. Je veux croire que ce n'était pas un passe-temps acratopège, mais un acte politique.

Hors-saison

Ne me dites pas que vous n'avez jamais dessiné sur les vitres. Un soleil tracé de l'index. Il pleuvait,  bien sûr, ce jour-là, une de ces pluie de concert ! Je vous aurais bien prêté mes oreilles, ou mes lunettes, mais vous n'étiez pas là. Il y a un accord de septième sur les rimes paires du refrain. Encore un qui "aurait voulu être un artiste" ? Peut-être... Pas sûr du tout. Le divertissement, quelle que soit la forme qu'il adopte, est intéressant mais il ne s'agit pas de cela.
 Au coin du feu, par temps humide, bien calé dans son fauteuil, on dirait qu'il dort. Au carreau, les gouttes glissent sur le soleil. Alors forcément, derrière ses paupières, se forme un arc-en-ciel.

Chasse-cloche

Le soir, dans la cour du cloître, on peut entendre la musique. Un saxophone au chant vespéral. Inévitablement, cela désacralise un peu l'environnement et, au bout d'un moment, il faut bien sonner. La cloche modère le profane et me rappelle qu'il est temps de rentrer retrouver les miens. Le texte esquisse le battant de la cloche et le temps des complies. Je laisse alors le silence maître des lieux. 

Degrescendo

Sonnet marotique.  
A Deubel, empoisonné dès la naissance, que l'on peut trouver sur les bords de la Rime à la tombée du soir quel que soit le temps. C'est une espèce de fantôme solitaire qui ne déteste pas la compagnie...  Son goût pour l'obscurité lui vient de quelque séjour au placard. Il a essayé la lumière, mais en vain. Quand il pense à elle, dont je tairai le nom puisqu'il n'a pas voulu le rendre public, on peut voir rougeoyer dans ses yeux les étincelles du soir où il a brûlé tous ses écrits avant d'éteindre  le feu qui le consumait dans les eaux de la Marne. A quoi bon tous ces vers, au bout du compte, hein, Plein-de-soupe ?
Quelle ironie, ce surnom, quand on sait qu'il a dormi dans un taudis à cinq francs la semaine  et qu'il a connu la faim. D'accord, il l'a voulu... Il m'a dit que sa famille lui avait proposé plusieurs fois de bonnes places. C'était pour l'aider, sûr, mais comment leur expliquer ? Ont-ils un jour essayé de le lire ? Pour de vrai, je veux dire... Mon vieux Léon, je passerai te serrer la main chaque fois que je serai dans le coin.

A lire : Au loin.

Les yeux creux

Calligramme
L'homme sans doute a quitté son banc pour une traversée aventureuse. Il titube et si je le klaxonne, il entend la sirène d'un cargo qui l'avertit de son passage. Ce n'est pas une cloche, c'est un marin au long cours, qui erre dans le port. Il a les yeux creux. La fatigue, ou bien les mouettes affamées. Nul ne peut se prévaloir de voyager plus loin. Hello, cap'tain !
Quel tableau ! Apostale en donne le sens de lecture.

Conversation

Un texte à lire à deux voix. En hexasyllabes, pour ne pas avoir d'accent à imposer, de césure, de censure. Deux utilisations d'un même objet qui se transforme : une plaque métallique - boîte pour l'un et élément de construction pour l'autre - qui garde sa fonction de conserve dans les deux cas. La boîte devient l'abri. L'effet est renforcé par l'altération de genre à la rime qui accompagne la transformation. Le mot "Démanufacturée", je l'entends à deux voix, comme un trait d'union. Au-delà de l'objet, on devine le voyage.
 

Aller retour

En route pour une journée de syllabeur, en sept au matin, en huit au soir. Comme les heures.
Si l'écriture peut être un faux divertissement ; le travail peut en être un vrai. Pascalien, j'entends...


Voyager léger

Turn off by fair means or foul. Par tous les moyens : en ballon, en bateau, en train...

Raconteurs

Une histoire d'amitié
Octosyllabes - Poème carré 

Journal d'une seconde

Un rêve matinal. Après le réveil, entre la nuit et le jour. Il n'y a que le rêve qui permette un voyage au long cours en si peu de temps. Toujours le voyage, qui est encore plus beau quand au bout, tu es là. Je me suis levé précipitamment pour écrire.

Ethiopiques

Je me souviens avoir lu Les Ethiopiques, de Hugo Pratt. Et de partir un matin, pour une heure, un jour ou plus... Une attirance pour l'hier et l'ailleurs en ne gardant que l'essentiel. Ce n'est pas une question d'empreinte mais de trace. Entre la volonté de ne pas encombrer et la nécessité de ne pas déraciner le futur. Le texte éponyme de la section, qui ouvre sur tout : l'aventure, l'errance, le voyage, la parenthèse, le vagabondage, la quête. Même s'il faut aller plus loin que loin.
 Hexasyllabes.

Céramique

- Fin de monde ; fin tout court. Une thématique récurrente : Ethiopiques, Céramique... Vous êtes bien crépusculeux, mon cher Amiloch ; tout cela ne serait-il pas lié à l'angoisse du temps qui passe ?
- Il y a quelque chose d'intéressant, dans votre analyse, docteur. Je peux vous appeler docteur, non ? Il se peut en effet que ces textes renvoient à votre propre temporalité. En tout cas, tout a du sens. Quand on ne comprend pas, on est tenté de dire que cela n'a pas de sens, non ? 
Ok... Il y a des traces d'octosyllabes, là-dedans ; ils font le lien entre les deux parties du texte. Dès le début, le personnage est seul. Tout le monde est parti. Et puis il y a cet instant de silence, avant l'Apocalypse. Pour la forme, j'ai suremployé l'adjectif antéposé. Dès les premières lignes pour montrer qu'il y a un truc étrange qui se passe, et pas qu'au niveau de la syntaxe. 


Baladin

Je me raconte à travers Apollinaire. Guillaume et moi nous plaisons à croire que nous aurions aimé cette vie de bohème. A moins que tout ne soit que réminiscence. Nous échangeons régulièrement sur le thème de la liberté devant une absinthe. Ou plutôt de l'illusion de liberté.

En bateau

 Je me souviens avoir dessiné des personnages au crayon sur un bateau de papier. Le Miosson, c'est le cours d'eau qui traverse mon enfance... Depuis ma cellule - je passe du temps dans une ancienne cellule de moniale - je me souviens. 
Sonnet qui plaît à monsieur William Sheller, et à franchement parler, cela me flatte.

Le Domaine

Sonnet. Si un jour vous passez près de ma "vilaine maison", passez me dire bonjour...


Humilis


Surnom de Germain Nouveau, que j'ai croisé sur un sentier, forcément. Nous avons cheminé  quelques jours au cours desquels il m'a raconté ses Valentines et sa vie à Londres en compagnie d'Arthur avant de trouver un sens à sa quête alors qu'il était en train de donner un cours de dessin, à Paris, cette fois.  Il est mort mendiant et a fini à la fosse commune - qui est évoquée deux fois à la fin du texte - Il aurait peut-être souhaité y rester. 
A lire : "Dernier madrigal"


Spleen et idéal

Je me raconte à travers  Baudelaire. Rien que ça... Si vous aviez connu Charles quand il avait les cheveux verts, vous relativiseriez. D'accord, je ne suis pas bien sûr que son chien, à lui, ait été boîteux...

Dis-moi ce qui est beau

Tout est parti de cette affiche convenue du printemps des poètes 2019 sur le thème de la beauté. Allez savoir pourquoi, il m'évoque "une charogne", de Baudelaire... Et puis il y a eu cette remarque sur la beauté de ce champ de céréales. Le vent qui faisait onduler le tapis d'épis... J'ai entendu : c'est beau. Quelque chose me dérangeait dans cette affirmation. Il avait quelque chose de particulier, ce champ, ou plutôt, il n'avait pas. Pas un seul coquelicot.

Je suis un autre


Je me raconte à travers Gérard de Nerval. Texte construit sur une alternance passé-présent, avec un point commun qui unit les protagonistes : l'altérité.

Crépuscule des oubliés

Au sortir d'un rêve étrange. Je ne sais quel mal ronge les hommes dans cette dystopie, mais ils ont confié leurs espoirs à la lune. Pas leur satellite naturel, mais son jumeau qu'ils ont presque fini de construire. C'est juste que le mal s'est répandu trop tôt... Seuls les individus sains peuvent quitter la planète. Les autres naviguent vers les pôles : le froid ralentit la progression du mal. On les oubliera.

Valse d'Alia

La petite regarde par la fenêtre. Elle regarde plus loin, au-delà des mers. Il est drôle, cet adulte qui parle sans faire de bruit, il croit qu'elle n'écoute pas... Mais bien sûr qu'elle écoute, elle écoute sa propre histoire. Et l'on ne peut pas faire deux choses en même temps. Le professeur devrait le savoir.
Lecture en trois-trois-sept, séparée d' "un brin de folie" : pentasyllabe paradoxalement logique.

Novembre

Sonnet. Ici, à la fin de l'automne, le brouillard  envahit la plaine. Il permet de s'ennuiter en paix. Les étoiles sont au-dessus, loin... Le monument aux morts a été élevé près d'une croix de mission. Quand on approche,  un vent d'ouest vous pousse, comme pour vous encourager à rentrer.

Abyssin


Confession d'Arthur. Oui, en Poésie, il y a des poètes. Rimbaud a essayé de s'en sortir, mais il était déjà bien tard, le poison était en lui... Quand il écrit à Georges Izambard "Vous n'êtes pas mon père", je crois que je veux lui faire dire : pourquoi n'êtes-vous pas mon père ? 
Arthur, étions-nous vraiment sérieux quand nous avions dix-sept ans ?

Pauvre Lelian


Je me raconte à travers Verlaine. Paul est en prison pour avoir tiré sur Arthur. La fenêtre de ma cellule devient la sienne... Des heures passées derrières les fenêtres. A attendre, à nourrir quelque projet d'évasion, à jugearbitrer des courses de nuages. Jeter des poèmes par la fenêtre, c'est comme jeter des bouteilles à la mer... Un pari sur l'adversité.  
  Redevenir soi-même.

Les yeux d'Elsa



Je me raconte à travers Aragon. C'est un chant qui salue l'arrivée du printemps, c'est à dire d'une saison clémente.
 Aragon a travaillé pour un journal, lui aussi.  Le soir a été suspendu pendant la guerre. On ne peut compter que sur peu de gens dans les moment difficiles. Son réseau proche. Ici, pas de commentaire composé.  Juste une précision : les vestes qui se détoilent, c'est au sens propre la possibilité de pouvoir vivre sans arborer l'étoile de David sur la poitrine. et au-delà, la simple perspective de pouvoir mener une vie tranquille.
Mon "Elsa" a plus de vert que de bleu.

L'après-pluie

Viendra ? Viendra pas ? Faire preuve patience, c'est facile à dire... D'accord. Alors, tu loues un appartement sous les toits, dans la rue où forcément, elle passera. A l'approche de l'heure, t'as le coeur qui se serre et le nez collé au carreau, tu regardes dix fois ta pendule, ta montre, ton portable. Ce n'est pas possible, fichue technologie, les minutes ne durent pas autant. Tu fais les cent pas. Ou bien tu restes sans bouger. C'est... Tu descends pour être sûr ! Non, ce n'est pas. A la première occasion, tu changeras de montre. Ah ! cette fois, mais pousse-toi, je te dis, merci, "s'il vous plaît ?"
"Non, rien, excusez-moi, je vous ai pris pour quelqu'un d'autre"

oCéans

Prose cadencée. L'effet est produit par les trois alexandrins qui composent la phrase.

La Rumeur


On n'y prête pas attention, à la rumeur, parce que ce n'est que la rumeur... Et ce n'est pas la peine de clamer quoi que ce soit. Inutile de s'apitoyer sur son sort. Le temps finit par venir qui met un peu de lumière dans tout cela. Ce texte t'es dédié, à  toi qui as médit, toi qui as plusieurs visages, plusieurs noms. 
Il n'y a vraiment pas de quoi -  c'est un plaisir de te rendre hommage.

Crépusculaires

Octosyllabes, sauf pour le titre et le dernier vers qui se répondent
Echopoème, c'est le terme que j'emploie pour les textes qui en rappellent d'autres. Cf. "Baladin"
Sauf qu'ici, les nomades sont féériques. Il ne sont pas d'errance mais de passage. A une période précise de l'année, quand la température est propice et que les fleurs exhalent leur parfum dans l'air lourd de l'heure dorée, je me dis qu'ils vont repasser. Je les ai vus quand j'étais enfant, je suis sûr que je les ai vus. J'étais en vacances chez mes grands-parents. Il y en a un qui a sauté de l'arrière de la roulotte pour venir cueillir un liseron géant juste devant moi. Il a souri, s'est fait un chapeau de la fleur et d'un bond, a regagné sa place... 
C'était un elfe.

Nous sommes de pluie

De l'eau, pour l'essentiel, nous sommes de l'eau.
De l'eau de pluie ou de l'eau des piscines. Rarement les deux ; c'est aussi bien comme ça.
Plic ploc, Amiloch

Que rien ne change

Pentadécasyllabes

Dans l'aube cadencée par la trotteuse de l'horloge du salon, les yeux clos, je regarde par la fenêtre ; un de ces temps où il faisait bon entendre craquer la terre sous les pas. Désormais, je longe les haies à l'occasion, et je mesure comme tout ici, n'est miracle qu'une fois.

L'insulaire au couteau

C'est un cadavre qui dérive dans la mer ; on ne voit que son dos, comme une île en mouvement. Entre les omoplates, il a un couteau et le portrait de Jolly Roger. Il sert de refuge aux mouettes.

Cent d'encre

Je me raconte à travers Victor Hugo. Dans sa maison de Hauteville sont nées des centaines de personnages... Il y a écrit Les Misérables, les Travailleurs de la mer et bien d'autres textes. Au domaine, j'écris.  Quoi ? Personne ne connaît Maybi, Gustav Pavel, Carmille, Orange et les autres ? Ah... Bref, c'est un texte qui évoque l'exil et les pensées qui vont d'hier à demain.

Phrase d'hiver

Traversée d'un désert rural : un champ entouré de bois, qui borde un chemin blanc aujourd'hui envahi par les ronces qui empêchent presque les saisons de passer. Il y avait un  épouvantail au milieu du champ, et des corneilles par dizaines, dont l'une perchée sur la tête du pauvre assemblage censé les effrayer. Un coup de fusil, un seul. Les autres feux n'étaient que l'écho du premier. Je serais bien allé voir plus loin... Il paraît qu'il y a une mare où l'on peut voir la tête que l'on aura quand on sera grand. Mais c'est l'heure de manger, je dois vous laisser.

Une syllabe de plus à chaque vers... Et à midi, on rebrousse chemin !

An Ankou

Je me raconte à travers Tristan Corbière. Une seule oeuvre, une centaine de poèmes regroupés sous le titre "Les amours jaunes", publiée à compte d'auteur dans l'indifférence générale. C'est Paul qui a permis de le sortir de l'anonymat... Croyez-vous que cela lui a fait plaisir ?
Texte en octosyllabes. La parenthèse est un clin d'oeil à la licence graphique que s'accordait Tristan. Son vers faussement déstructuré cache une grande maîtrise de la métrique. Je vous encourage à lire ce texte à voix haute, il s'y prête. J'ai abusé des diérèses et synérèses. 
Pour le reste... Le fait de ne pas être assez charpenté doit-il priver le rêveur de toitures ?
An Ankou, c'est le surnom que donnaient les gens de Morlaix à la silhouette spectrale du fils Corbière. Il s'en amusait, bien sûr, et faisait le fier... 

Grand salut, Tristan ! A regarder la mer.

Dongjing

Sonnet en tridécasyllabes

Je garde le souvenir de quelques objets à fort potentiel d'évocation. Dans ces maisons familières, les médailles en chocolat et la croix de guerre, les porcelaines et le stuc, les jeux de cartes et les greniers, les boîtes de boutons, les carabines et les arbres, les cartes de fin d'année avec leur poudre dorée, les obus recyclés en vases à fleurs... Tout m'appelait pour écouter. Alors j'écoutais les histoires de chacun et je complétais les blancs. Avec le temps, les objets se sont tus. Ils n'ont plus rien à raconter. Pour qui, d'ailleurs ? Qui pour les entendre ?
A bien y regarder, je me demande si ce chat n'a pas un petit sourire... La Perse... Ben voyons. Il reste quelque chose de doux de cet univers de brocanteur.  Ce sonnet de faussaire y  trouvera sa place.

Brumaire

Mélodie du soir, pour évoquer cette terre où je vis. De temps en temps, on peut apercevoir Brumaire, ce personnage surnommé ainsi à cause de son coeur d'hiver. Il se réchauffe au soleil doré, quand les rayons ne brûlent plus, et profite de l'instant, des siens, de l'essence du jour. Ses enfants jouent, le dernier encore au cou de sa compagne. Le sifflement d'un merle, une lisière. 
- Carpe  vesperam -