Chansonnier

Poésie Alfred Miloch Cineur Poème

Voyager léger

Chant

 


Voyager léger
Elémental, un peu d’air chaud
Sans regret s’alléger
Délester un matin, à quatre fils sous un chapeau de lin
Allez viens, frère montgolfier, fier au gré du vent filer
Chasser l’air de rien 
Turn off by fair mean or foul
 Turn of the tide for sound and soul

Voyager léger
Occidental, en quelques mots
Sans regret s’embarquer
Partir un peu plus loin, au pavillon des sans-drapeau, c’est bien
Allez viens, frère marinier, fier, l’âme en acier trempé
Claquer les filins
Turn off by fair mean or foul
  Turn of the tide for sound and soul 

Voyager léger
Sentimental, sans un manteau
Sans regret s’enrailler
Partir avec entrain, le long des voix, au plus serré des liens
Allez viens, frère passager, fier et sans arrière-pensée
Faire un bout de chemin
Turn off by fair mean or foul
 Turn of the tide for sound and soul 



Amiloch - 2008

L'insulaire au couteau

Chant - Capo 1



C’est une terre fragile, déserte, indocile
Qui se déplace au gré du vent,
Une éphémère des océans,
Une presqu’île.

Qu’a-t-il bien pu dire, quel mot de trop, quel grain maudire
Qui l’a poussé à se tremper les os là ?

Un espoir de polaire, une planche bancale
Aux embruns saturés de vapeurs opalines, 
Aux longs bras irisés d’une muse clandestine,
Une dépouille bohème, que les vers s’en régalent.

C’est une terre noire de vagues miroirs
Qui voyage au gré des courants, 
Un prophète, un pénitent,
Presqu’un soir.
 
Qu’a-t-il bien pu lire, quel vers de trop, quel à salir
Qui l’a poussé à écorcher ces mots-là ?

Un refrain dépoli, une blanche qu’on décale,
Aux matins désancrés quand tout sèche à la ligne,
Une étrange portée boursouflée de vermines,
Une épure de sirène et des voix sans égales.

Qu’a-t-il bien pu dire, quelle plume en trop, quel à choisir
Qui l’a poussé à lutter dans ces eaux-là ?

L’insulaire au couteau, le nomade des mers,
A corps on a rompu les eaux,
Ta carcasse s’efface en écumes amères,
Un pavillon sans âme fiché dans le dos.

A la dérive.

A. Miloch Cineur 2016 


Baladin


Tout au long des jardins
Les enfants vont si loin devant
Ils courent leur destin
Et vont comme le vent

Aux lignes de leurs mains
Ils tissent l’amour et la chance
Ils chantent leur chemin
De racines et d’errance

Toi, à l’ombre des peupliers
Tu les regardes s’envoler
L’ours et le singe manquent à la page
Tu les sais d’un autre voyage
Guillaume, t’aurais tant voulu

Aux lits des ruisseaux
Qu’est l’Arlequine devenue ?
Il se dit à demi-mots
Que dans ton coeur on l’a vue

Loin des auberges grises
De ses yeux, des jours anciens
De ces croyants sans églises
Tard un feu se souvient

Toi, à l’ombre des peupliers
Tu les regardes s’envoler
Ils vont de hameaux en villages
Ne laissent rien sur leur passage
Guillaume, t’aurais tant voulu

A la cloche de bois disparaître
Et les pieds nus renaître
L’anémone et l’ancolie
Ne poussent plus au jardin
Oublie ta mélancolie
Baladin

A. Miloch Cineur - automne 2018


An Ankou

Buvons un coup à la mémoire
Dans les découpures du vers
De Tristan Joachim Edouard
Visons la règle et ses travers

Pauvre silhouette qui beugle
Ombre que personne n'entend
Sonnent les trompettes aveugles
La lumière viendra du temps

C'était demain, ce sera hier
Il est des pièces aux mots dits
De jouissance interdits
Avilissantes et fières

An Ankou chante sur sa peau
Les amours jaunes et amères
Les actrices et les crapauds
Lui, l'insoucieuse chimère

Chantons à qui veut bien l'entendre
Le coeur mal planté dans le corps
Sirène à la grimace tendre
C'est pour toi qu'il respire encore

L'âme désancrée dans les rues
Délicieusement malade
L'homme albatros, l'ami des grues
Lui l'incident, la mascarade

Les mots sont sa seule famille
Poètubard aux rêves fous
Capitaine de pacotille
Il barre et le monde s'en fout

An Ankou chante son pays
Les écumes, les courants d'air
(Se) rature petit à petit

Amiloch - septembre 2019

HUMILIS

Chant


Comme un anathème, pauvre Humilis

Je te poème

Toi l’indigent, le subtilis

Un requiem à l’adventice

Je te bohème

Toi le mendiant, l’Illuminis



Il y a du Nouveau chez Rimbaud

Il y a du Germain dans Paris saint

Il y a de la joie dans les tripots

Du porte-à-faux dans tes dessins



Il y a les Valentines, l’errance, la terre sainte

La vie d’un sonnet d’été à l’ombre de la Zone

Il y a le mauvais cake et l’absinthe

Il y a le pain de l’aumône



Il y a du Nouveau chez Rimbaud

Il y a du Germain sur les chemins

Un dernier vers à s’en battre la route

Un madrigal et l’absoute



Comme un anathème, pauvre Humilis

Je te poème

Toi l’indigent, le subtilis

Un requiem à l’adventice

Je te bohème

Toi le mendiant, l’Illuminis



Il y a du Nouveau chez Rimbaud

Un rejet de Germain pour les Parnassiens

Il y a du mal de vivre à fleur de peau
De l’effacement dans tes desseins



Il y a l’encre si bleue qu’elle fait croire à la mer

Il y a cinq sous dans le creux de tes mains, une prière

Qui emporte au vent de l’oraison

Ton coeur, elle et ta raison 



Ta doctrine



Il y a près de la fosse comme une fleur parmi les pierres

une impression fausse comme une couleur, un éphémère

Parfum de tes amours popelines

Une étincelle au jardin

De morgeline - sous tes pas

De paladin

A. Miloch Cineur 2019

Humilis Poésien Amiloch Alfred Miloch Cineur Poème

Hors saison

Tombe la pluie, fait des rigoles
Des croches en sol, des seaux
Danse aux capots des bagnoles
Lui, sa place est entre deux rideaux

Tombe la pluie, fait des histoires
Des cabrioles, des sauts
Sonne sur le fond des casseroles
Lui, dessine à la buée des carreaux

Comme hors saison dans une tête
Qu'il n'a pas sur les épaules
Il cache derrière ses lunettes
Des vieux rêves de music-hall

Tombe la pluie, fait des ficelles
Des cordes en l'air, ruisseaux
Au sol branchent des archipels
Où les feuilles deviennent des radeaux

Tombe la pluie, fait des espoirs
Demain il fera beau
Lui sent les couleurs du soirs
Et signe à la buée des carreaux

Comme hors saison dans une tête
Qu'il n'a pas sur les épaules
Il cache derrière ses lunettes
Des vieux airs de music-hall

Alfred M.C. 2017


JE SUIS UN AUTRE
Chant - Capo 5 - Valse

Au jardin de Mortefontaine

A l’aube une rose fière

Défroissait là, sous la lumière

Sa robe satin


Par les fenêtres, les antennes

Semblaient une étrange mâture

La Lune gonflait sa voilure

Au petit matin


Je vois dans le miroir

Dans les bois de Mortefontaine

La belle du château voisin

Aux heures et pensées incertaines

Je l’aimais de loin


Je déambule, je lanterne 
Je traîne sous un soleil noir 
Il fait froid, les ombres gouvernent 
C’est bientôt le soir 

Je vois dans le miroir 

Cet œil, ce regard 


Dans les rues de Mortefontaine 
Les souvenirs sont éphémères 
S’évanouissent dans l’atmosphère 
Sans un au-revoir 

Je m’éternise à grande peine 
Je me repose à la bougie 
En attendant que le jour vienne 
Déjà mon cœur gît 

Je vois dans le miroir 

Cet œil, ce regard 

Je suis un autre 


A. Miloch Cineur 2018

ABYSSIN

Chant - Capo 4

Y a-t-il une issue

A mon passage sur Terre

Un contrepoison aux vers

Paul où es-tu ?


Je me souviens de Charleville

Et de mes compagnons de classe

Monsieur Théodore de Banville

Que voulez-vous que cela me fasse ?

A peine sorti de Charlestown

Et de sa bourgeoisie crasse

De mon enfance assez tranquille

Et mes amours plutôt fadasses

 Je descends, même, je m’encrapule

 Voyez je ne suis pas poète

 Arrêtez, vous êtes ridicule

 Izambard vous me prenez la tête


Les années ont poli ma voix

Je ne fréquente que des voleurs

Que sont devenus mes mots, dis ?

Je suis un navire, un steamer

Au fin fond de pays maudits

Un photographe, caravanier,

Un contrebandier voyageur

Libéré de la poésie

 Ama lavi balote la

 Sema lavi jema la me

 Et sesu le flo kejale

 kejive pase mavi

 Pasela

Et Même si je reste un rêveur

A travers champs le plus souvent

Paris, Aden, Indonésie,

Je n’ai plus personne à écrire

Je me suis allongé dans la boue

Je peux être heureux enfin rire

Loin de tout ce que peut Mother dire

Même en boîtant rester debout

Si les mots reviennent quelquefois

Je leur mets un bon coup de pied au coeur

Qu’ils se fassent la malle, qu’ils bourlinguent

C’est volontiers que je me perds

Arrêtez vous êtes lourdingue


Izambard vous n’êtes pas mon père


Y a-t-il une issue

A mon passage sur Terre

Un contrepoison aux vers

Paul où es-tu ?


Un vapeur au loin sous le le vent

Chante l’or et promet l’azur

Avant la souffrance et les larmes

La chaleur est insupportable

Versez-moi du verre et des armes

Et des milliers de kilomètres

A pied à cheval en bateau

Promis je rentrerai bientôt

Georges vous qui êtes si savant

Regardez je n’ai plus de maître

Noires sont les voiles de l’horizon

 et infernale la saison

 Bercé au chant de la césure

 Je m’enracine, épouvantable

 Je suis lactescent, je m’engivre

 J’ai jeté l’encre, je ne suis plus ivre

 Izambard je deviens minable


J’ai dix-sept ans

Et je rêve

Que j’ai des semelles de vent

J’ai dix-sept ans

Et je rêve

Je suis si loin devant


Y a-t-il une issue

A mon passage sur Terre

Un contrepoison aux vers


Paul où es-tu ?

A. Miloch Cineur 2019




PAUVRE LELIAN

Chant - Capo 3

Comme une girafe, Ô Paul
Tu dresses le col
A la fenêtre
Est-ce le matin ces lueurs
Ou bien le soir qui se meurt
Peut-être

Elle est bien loin ta Lorraine

Ca ferait un joli poème
A offrir à quelqu’un qui t’aime
Cette boîte à lettres
Regarde
C’est comme l’embouchure d’un canon
Une ouverture sur l’horizon
Peut-être

Elle est si loin ta Lorraine

Et sur un bout de papier jeté
Tu commets l’impair
A tes romances en paroles roulées, boulées
Tu donnes de l’air

Dans ton Alaska, Ô Paul
C’est tout un symbole
Cette fenêtre
Une promesse quelle que soit l’heure
De sagesse et de jours meilleurs
Peut-être

Elle est si loin la Lorraine

Et sur un bout de papier jeté
Tu commets l’impair
A tes romances en paroles roulées, boulées
Tu donnes de l’air

Au clair de la Lune, Ô Paul
Dame souris s’affole
Sous ta fenêtre
Un nuage passe au petit jour
Chevauche-le, va-t'en faire un tour
Dehors


A. Miloch Cineur 2018


Et avec un peu de chance, se retrouver en Lorraine
Et avec un peu de chance, redevenir Verlaine


LES YEUX D'ELSA

Chant - Capo 2

Dans les yeux d’Elsa

Il y a des reflets de moi

Un peu de ciel en vitrine

Et des heures passées assis là


Dans les yeux d’Elsa

Il y a comme des bruits de moi

Le murmure d’une voix sibylline

Et des heures passées assis là


On dit le soir suspendu

A notre réseau d’étoiles

Le printemps est revenu

Nos vestes enfin se détoilent


Loin

Des temps incertains

De ces jours pluvieux

Où l’amour, d’éteint, 

devient silencieux


Dans les yeux d’Elsa

Il y a les restes de moi

Des lettres de contrebande

Que de mots écrits assis là


Dans les yeux d’Elsa

Il y a des lueurs de moi

Du bleuet, de la lavande

Mêmes heures, même éclat


On dit le soir suspendu

A notre réseau d’étoiles

Le printemps est revenu

Nos vestes enfin se détoilent


Loin

Des sombres matins

Des tristes adieux

Où l’amour déteint

Irrévérencieux

A. Miloch Cineur 2019


SPLEEN ET IDEAL
Chant - capo 3

Dans mon hôtel en particulier
Je m’imagine à l’atelier
Encore une heure, encore un vers
Dis mon pauvre chat maigre et galeux
Que je ne ressemble pas à ceux
Qui m’exaspèrent

Débarrassé de l’ennui de vivre
La pauvre rente de mes livres
Interrogera quelque gens
Aux yeux de Marie, Jeanne, Aglaë
Lucre, désordre et volonté
Pour seul argent

Moi j’aime l’opéra
Les mers du sud et les voiliers
C’est pas pour moi
Moi, j’aime le théâtre 
Les femmes quand elles sont habillées
Qu’elles maquillent la réalité du bout des doigts

Jours aux parfums doux et passagers
Mes paradis artificiels
M’entrouvrent la porte de celle
Avec qui j’aimerais voyager

Un bouquet de fleurs maladives
Enferme mes amours captives
Et mes humeurs si singulières
Dis-moi pauvre chien sale et boiteux
Que je ne ressemble pas à ceux
Qui m’exaspèrent

Et bénies soient les heures qui dévorent
Vos jours, ma peine, l’âme et le corps
Bouquets je vous fais le serment
Que dans le secret de mes tourments
Notre boue se fera de l’or
Avec le temps

J’aime les cabarets
Les messes et la moralité
C’est pas pour moi
Moi, j’aime écouter
Le piano de madame Manet
Qui maquille la réalité du bout des doigts

Je m’en remets à la Trinité
Delacroix, Wagner et Gautier
Mes amis les portes du ciel
M’attendent, il me faut vous quitter



A. Miloch Cineur 2018



La Rumeur

Chant - Capo 3

Non, il n'y aura pas de pendaison ce soir
Pas d'éloges, pas de pleurs, pas même d'oraison
Je ne suis pas fâché de devoir te décevoir
Comprends bien qu'il va te falloir faire une raison

Le cachot m'a recraché ; cafard longtemps resté caché
La lumière n'est pas sur moi ; on ne peut pas

De quoi vas-tu bien pouvoir parler au dîner ?
Je m'en fiche, je rentre à la maison
Je ne m'en fais pas trop pour toi médire est inné
Quels que soient l'heure, le jour ou la saison

Le pouce abaissé, tu aimes tant rire au balcon
Volez, caléchez, cocher, cornez postillons
On ne peut pas toujours perdre au jeu du plus con (alors)
Laisse-moi t'adresser mes plus sincères félicitations

Le cachot m'a recraché ; cafard longtemps resté caché
La lumière n'est pas sur moi ; on ne peut pas

Autres temps, autres lieux, à bêler en public
Tu aurais suscité certes l'admiration
Comme aux heures les plus sombres, où notre République
Aurait loué ta précieuse collaboration

Je  sors sans faire de bruit, presque confidentiel
Sur les chemins de nuit et je bats la campagne
Va ta porte barrer, va moucher tes chandelles
Chacun son tour de trinquer
Je m'offre le champagne

Le cachot m'a recraché ; cafard longtemps resté caché
La lumière n'est pas sur moi ; on ne peut pas
Juger deux fois.

A.M.C. 2015

Cent d'encre

Chant - capo 5


Où sont passées les Feuillantines ?

Où sont les petites filles modèles

Qu’à mes heures tendres je dessine ?

Où sont-elles ?


Je vous écris de Hauteville

En travailleur sans amertume ;

À la verrière de mon exil,

Le soleil se brise en écumes.


Cent d’encre, cent d’encre,

Ils gagneront la côte à la page et le cœur battant ;

Sang d’encre, sang d’encre,

Juliette attend


Où sont mes amours enfantines ?

À la lueur de quelle chandelle ?

Savent-elles que parfois je les rime ?

Y songent-elles ?


Je vous écris de Hauteville,

De mon rocher, mon océan ;

Je vous souffle l’idée d’une île,

Des baisers de sel et de vent.


Cent d’encre, cent d’encre

Ils gagneront la côte à la page et le cœur battant ;

Sang d’encre, sang d’encre,

Juliette attend


Les Déruchette et les Fantine,

Les agoras, les citadelles...

Au clair de leurs voix argentines

Infidèle


Je vous écris de Hauteville

Aux éclaircies de l’infortune ;

À la frontière de mon asile,

J’attends les marées opportunes.


Cent d’encre, cent d’encre

Ils gagneront la côte à la page et le cœur battant ;

Sang d’encre, sang d’encre,

Juliette t’attend



A.M. Cineur 2018


La Belle époque

Mai 1910

Sur ma bicyclette juste au bord de l'après-midi
Je regarde en l'air... Qu'est-ce que c'est ? Quel est donc ce bruit ?
Un corps machinal ; je suis ébloui
Comment le métal peut-il, par quelle diablerie ?
Et je pousse les pédales, je le suis
Longeant le canal à fond dans mes souliers vernis
Qu'est-ce qui nous arrive ?
Avons-nous donc perdu la tête ?
Nous ne sommes pas des grives ; nous ne sommes pas des alouettes
Comme quoi tout arrive... Je n'en crois pas mes lunettes.

Je lâche le guidon, les bras à l'horizontale (mais)
Pour bien faire l'avion, mieux vaut garder les pédales
Et je quitte la route, je dévale, les jambes en déroute, le pré qui m'emmène au canal
Mais qu'est-ce qui m'arrive ?
Qu'est-ce que j'ai donc dans la tête ?
Une cervelle de grive, je me prends pour une alouette
Je n'ai pas vu la rive
Je n'ai pas su garder l'assiette

L'esprit tout là-haut, je ressemble à un poisson
Qui rêve hors de l'eau de pouvoir troquer ses rayons
Contre cinq minutes au bord du ciel
Contre cinq minutes et deux paires d'ailes
Contre cinq minutes pour se remettre en selle

"Si, de l'esprit de Saint-Louis ou sur une Hirondelle, la vie est aussi belle
Je te le dis, si tu savais, petit, en avion, à vélo, comme on est bien ici
Je m'y reposerai bientôt"

A. M. Cineur -  printemps 1998 et 2018

Brumaire

Au bout du pays des baudets
A la tombée des noix
On peut le voir s'ensoleiller
Se promener parfois

A la lumière, dis septembre
L'espoir qui s'accroche à ses pas
Au moins est-ce que tu le vois ?

Les fougères, dans un fossé
Lui font un lit de roi
Quatre soleils à son chevet
Il lui fallait bien ça

Vois comme le soir étincelle
Doux dans le lit, les bras de celle
Qui l'accompagne au jour le jour
Vois comme le ciel est en elle
Elle en porte à son cou 
D'amour un petit bout

Vois comme les faits d'ondepluie
Réencrent les yeux de celui
Qui annonce la fin du jour
Le houx, les merles et le gui
Sont l'image de qui
Chante encore alentour

Bercent la rousseur de l'automne
Tard à l'orée des bois
Quand le crépuscule abandonne 
De l'or pur à ses doigts

A la lumière, dis, septembre,
L'espoir qui s'accroche à ses pas
De loin est-ce que tu le vois ?

La bruyère fredonne tout
Ici n'est miracle qu'une fois
Sous la mousse drapé d'hier
Chemine orgueilleux et fier
Brumaire et qui vivra verra

Au bout du pays des baudets
A la tombée des noix.

"De ma fenêtre ronde et à ciel ouvert"


A. M. Cineur février 2017

Le temps des grèves

Au  temps des grèves
On allait tous au p'tit matin, quel que soit le temps
A l'heure où le bourgeois dort encore tranquillement
C'est une question d'reproduction, chacun ses rêves
Au temps des grèves
y'avait Aurore, Léon, Marie-Louise et son frère
Albert, Fernand et Maurice qui parlaient de la mer
J'y pense souvent, souvent

Aux vents d'est : nos matins, nos espoirs
Aux vents d'ouest : nos chagrins, nos soirs

Au temps des grèves
On se donnait tous rendez-vous sur le vieux port
Une main sur le coeur, l'autre au ciel, j'y crois encore
Quand c'est question de conviction, les poings se lèvent
Au temps des grèves
Macas, manoqueux se r'trouvaient sur le carreau
Dans les yeux d'Maurice et d'Albert, y'avait de l'eau
J'y pense souvent, souvent

Aux vents d'est : nos matins, nos espoirs
Aux vents d'ouest : nos chagrins, nos soirs

Au temps des grèves
A ciel ouvert, pavés, Paname, aux yeux d'Aurore
Que de promesses populaires j'entends encore
Quand c'est question d'admiration, chacun se rêve
Au temps des grèves
Aurore, Albert, Léon, Marie-Louise et son frère
Maurice et moi, en silence, on r'gardait la mer
J'y pense souvent
Souvent

 

A la mémoire de Fernand - 1948
Alfred 

Voyager léger

Voyager léger
Elémental, un peu d'air chaud
Sans regret s'alléger
Délester un matin, à quatre fils sous un chapeau de lin
Allez viens, frère montgolfier, fier au gré du vent filer
Chasser l'air de rien

Voyager léger
Occidental, en quelques mots
Sans regret s'embarquer
Partir un peu plus loin, au pavillon des sans-drapeau, c'est bien
Allez viens, frère marinier, fier, l'âme en acier trempé
Claquer les filins

Voyager léger
Sentimental, sans un manteau
Sans regret, s'enrailler
Partir avec entrain, le long des voix, au plus serré des liens
Allez viens, frère passager, fier et sans arrière-pensée
Faire un bout de chemin

Turn off by fair mean or foul
Turn of the tide for sound'n soul

A. Miloch Cineur - 2011

Le chemin des ifs

Au p'tit village, je vais de temps en temps
Saluer Estelle, saluer les grands-parents
Qui habitent le chemin des ifs.
Au p'tit village, un vendredi sur deux
On voit l'Père Lamoureux rendre visite à sa mère
S'arrêter chez son n'veu emménagé la semaine dernière.

Et que l'on soit de marbre et d'or
Ou  bien de chaille, de bouton d'or
Nous y sommes, Rousseau ou Voltaire
Protégés de la même terre.

Au p'tit village, une fois par an, c'est la fête
On voit plus de passants, et c'est chouette
On se salue de la tête, on retrouve des copains
Quelquefois on s'arrête devant l'appartement témoin.

Au p'tit village, il y a un boulanger
Le traiteur, un comptable
Un notaire, un curé
Trois ou quatre notables
Et des sans-fleurs au bout de l'allée.

Et que l'on soit de marbre et d'or
Ou  bien de chaille, de bouton d'or
Nous y sommes, Rousseau ou Voltaire
Protégés de la même terre.

Voisins, le fou, le sage, le riche et l'indigent
Dans les lignes, à la marge, bulletin qu'il soit bleu, rouge, blanc

Car que l'on soit de marbre et d'or
Ou bien de chaille, de bouton d'or
Nous y sommes, Rousseau ou Voltaire
Protégés de la même terre.
Manteau de soie surfilé d'or
Chapeau de paille, tricot de corps
Nous y sommes Voltaire ou Rousseau
Arrosés par les mêmes eaux

Quand il pleut sur le chemin des ifs.

Alfred Miloch Cineur - 2012



Valse à Flore

(Au café d'en bas)

Au café d'en bas, je redoublais Baudelaire,
J'écrivais pour te plaire,
 des chansons bidons qui ne pouvaient être que de moi
Tu étais si hautaine, j'avais le nez en l'air
J'écrivais pour te plaire,
Des mots, c'est idiot, mais je ne sais faire que ça.

Fleur de canacana, faut pas trop s'en faire
Toujours de l'avant  / Aller tout droit

Au café d'en bas, je torturais Molière
Je brouillonnais par terre
Ton prénom au cas où tu passerais par là
Dans le dix-huitième, j'éteignais les lumières
Philosophe réverbère
Je me croyais drôle et jardinier sur le toi

 
Fleur de canacana, faut pas trop s'en faire
Echanger quelques vers
Aimer comme ça

Des années plus tard, guitare en bandoulière
J'ai gardé tes yeux verts
Qui me hantaient, me hantaient
Me hantent encore 
Aujourd'hui voilà, roulette russe et Voltaire
Michard et Lagarde errent
sur la table en fer y'a plus qu'un café froid.

Fleur de canacana faut pas trop s'en faire
J'attends simplement
Des nouvelles de toi

Amiloch - 2010

La vieille maison

Un jour, tu passeras près de la maison. Tu viendras de Paris, de New York ou d'ailleurs -
Chacun sa vie, son histoire, ses raisons. Au jardin, peut-être qu'il y aura des fleurs : 
des églantines, des roses, des pensées envahies de lierre qui, pour un temps, décloses, fredonnent l'air d'une heure où le temps dépose l'écho de mes histoires qui court entre les pierres.
Murmurées, des amours que môme, on peine à dire.

Don't wasting your time, enjoy as it goes by

Un jour, tu passeras près de la maison. Tu viendras d'Italie, de Newport ou d'ailleurs - Chacun ses îles, ses rêves, ses horizons... Les miens sont bien rangés à l'intérieur d'une boîte en vieux bois de rose avec des photos d'avant-hier ; un rien, deux trois petites choses légères ; une boîte où le temps dépose le souvenir du son de l'eau sur les gouttières et, pliés, des mots qu'on ose à peine lire.

Don't wasting your time, enjoy as it goes by

Ce n'est rien que le cours des choses qui dort là, sur une étagère, qui attend que quelqu'un ose.

Au jardin, c'est sûr, il y aura des fleurs.

Amiloch 2008

La Navale

- capo 4 -

Si je glisse
C'est que je retourne à la mer
Pente oblique
Le voyage est offert, merci la compagnie générale
Une fortune de mer comme aux plus beaux jours de la Navale

Aux odeurs des solvants
Les gars et la poussière qui s'incrustent
Aux berceaux des géants
Il reste un peu de lumière
Des amitiés insabordables
Des amours nées du sable

J'emporte avec moi nos luttes et nos idées, nos amours magnifiques
Promis je garderai même liés les poings serrés dans l'Atlantique

Si je glisse
Je garde en point de mire la mer
Pente oblique
il n'y a plus rien à faire, la compagnie peut bien sombrer, c'est ma dernière escale
Le port de Saint-Nazaire ne fait plus le sort de la Navale

Des formes à l'océan sans regarder en arrière
Comme le plus beau des géants 
Sans regret quitter la terre
Finir à quai m'est insupportable
Donner de l'arrime aux vers, impensable

J'emporte avec moi nos luttes et nos idées, la grève est désertique
Promis je garderai même liés les poings serrés dans l'Atlantique.

Amiloch 2012 (Musique E. Mahé)

La retraite

Toi ma vieille
Quand j'étais gamin / J'te r'gardais passer / Quelle indifférence
Ca t'faisait marrer / Ma vie d'écolier / Tendresse et jouvence
On n'avait pas l'temps d'se parler mais c'est pas bien grave promis j'm'en souviendrai
Ou peut-être pas
Ca arrive parfois
Dis : est-ce que tu voudrais bien m'emmener par la main ? On dirait qu'on serait hier...
Si on allait par les chemins de terre ?
Tu m'as laissé lors de tes conquêtes, un sourire en coin.
A l'heure de sonner la retraite, le temps m'est témoin
Tourne, tourne, l'âge d'or / Va, va, conquistador / Loin

Toi ma vieille
C'est bientôt demain / T'as pas trop changé / Maintenant qu'j'y pense
Ca me fait marrer / Voilà on y est / Sagesse et patience
On aura l'temps de se parler on a quelques années pour mieux faire connaissance
Ou peut-être pas
Ca arrive parfois
Dis : est-ce que tu voudrais bien que l'on traine au jardin pour faire machine arrière ?
Si on allait par le chemin de fer ?
Je vais laisser l'or des conquêtes, un sourire en coin
C'est l'heure de sonner la retraite et tu m'es témoin

Quel temps fait-il dehors
Est-ce que le petit dort bien ?

Amiloch 2014

L'an de lin

Filent les fées, chantent les chemins
Follets les feux du fond de la lande
Dansent les dés, mentent les matins
Soufflent les vents vers l'an de lin

Sang de callune et pousses de misère
Germinal à l'eau des rivières
Fils d'infortune, de mers inconnues
Si t'avais su

Chanvre les cordes nous vont si bien
D'autres viendront du fond de la lande
Fument les feuilles, luttent les lutins
Nous reverrons tous l'an de lin

Trèflent les coeurs et harpent les mains
Libellules on lie l'an de lin
Quand Lune et l'autre viendront demain
Nous volerons vers l'an de lin

Flamment les flûtes et grillent les grains
Maltent nos pieds, brument nos mains
Tourbent les terres, nous y serons bien
Titrons l'Ether de l'an de lin

Sans de callune et pousses de misère
Sans rancune levons nos verres
Fils d'infortune, de terres inconnues
Si t'avais su...

Amiloch - 1998

L'âme des ruisseaux

Marcher
Sans dire (cela va sans dire)
Le soir (des rives et des virages)
Au courant clair des Ondines
Longer les roseaux
Passer (passer, toujours repasser)
Sourire
Au soir (à l'abri des regards)
Entre les feuilles des Saulines
Longer les roseaux

Echarpé de brume au matin
Echarpé de Lune le soir
S'échapper sans se mouvoir
Se dire que tout ira bien

Lever (déjà le jour, se lever)
Le lire (toujours avec plaisir)
Et croire (comment peut-on n'y pas croire)
Aux élans félins des Fauvines
Longer les roseaux

Corder (ma béquille en la ré sol)
Ecrire (écrire, toujours écrire)
Echoir (sous trois étoiles)
Au soleil du sol des Sylvines

Echarpé de brume au matin
Echarpé de Lune le soir
S'échapper sans se mouvoir
Se dire que tout ira bien

Entrer (faut bien finir par rentrer)
Dormir
Le soir (et si possible à l'heure bleue)
Esquisser l'âme des ruisseaux.

Amiloch - 2017

La nuit est folle

Comme tous les soirs à la même heure, pour reteindre d'un autrefois les tons présents de ce ciel bas, je respire un peu les couleurs.

La nuit traîne en incertitudes, me chuchotant quelques nouvelles à l'envers de ses habitudes. "Regarde-moi bien", me dit-elle : "je vais te décrocher la Lune, la plier dans un arc-en-ciel, la vendre, assurer ta fortune !" Je m'appuie contre ses paroles qui se démaillent et puis s'emmêlent. Je crois bien que la nuit est folle.
Tous les mots qu'elle dit m'impressionnent, à force d'aller, de revenir, de rebondir sur mes souvenirs - j'en ai les idées qui bourdonnent.
Elle me cherche une ou deux ficelles pour ligoter sa solitude et divorcer de l'éternel, ce qui me donne la certitude que pour me vouloir me décrocher la Lune, la plier dans un arc-en-ciel comme un vulgaire tapis de brume, s'appuyer contre mes paroles que je démêle pour qu'elles s'en aillent, il faut bien que la nuit soit folle.

J'aimerais qu'elle me laisse tranquille discuter avec le Soleil. Il faut que l'un de nous s'exile ; déjà le matin se réveille.

Amioch - 1993( musique B. Penisson)

Un égocentrique absolu

Toi, oui toi, l'arbre si fier
Méfie-toi, laisse passer ma lumière
Comment ça, tu ne veux pas ? Qu'es-tu donc pour me parler comme ça ?
Tu n'es rien que les feuilles de mon rêve
Je doute de toi, alors que l'arbre crève. Il n'existe pas.

Toi, oui toi, le rocher si dur
Pousse-toi, ne sois pas si sûr
Comment ça, tu ne peux pas ? Qu'es-tu donc pour me parler comme ça ?
Tu n'es rien qu'un caillou de mon rêve
Je doute de toi, alors que le rocher crève. Il n'existe pas.

Je suis un type égocentrique. Le monde où vous êtes est mon rêve. J'ai le pouvoir fantastique, moi l'être humain, moi l'être unique, de supprimer ce que je veux. 
Je doute et hop ! C'est fabuleux

Non, pas toi, tu es mon amour
N'essaye pas de changer mon discours
Comment ça, tu t'en vas ? Qui es-tu pour me quitter comme ça ?
Tu n'es rien que le coeur de mon rêve
je doute de toi, alors que mon amour crève. Il n'existe pas.

Moi, oui moi, qui vous ai créés
Je me vois, me serais-je donc rêvé ?
Alors là, je n'y crois pas... Que se passe-t-il ? Je doute de moi
Je ne suis rien que l'esprit de mon rêve
Si je doute de moi, il faut bien que je crève. 
Je n'existe pas.

Amiloch 1996