Chansonnier
Voyager léger
Chant
Voyager léger
Elémental, un peu d’air chaud
Sans regret s’alléger
Délester un matin, à quatre fils sous un chapeau de lin
Allez viens, frère montgolfier, fier au gré du vent filer
Chasser l’air de rien
Turn off by fair mean or foul
Turn of the tide for sound and soul
Voyager léger
Occidental, en quelques mots
Sans regret s’embarquer
Partir un peu plus loin, au pavillon des sans-drapeau, c’est bien
Allez viens, frère marinier, fier, l’âme en acier trempé
Claquer les filins
Turn off by fair mean or foul
Turn of the tide for sound and soul
Voyager léger
Sentimental, sans un manteau
Sans regret s’enrailler
Partir avec entrain, le long des voix, au plus serré des liens
Allez viens, frère passager, fier et sans arrière-pensée
Faire un bout de chemin
Turn off by fair mean or foul
Turn of the tide for sound and soul
Amiloch - 2008
L'insulaire au couteau
Chant - Capo 1
C’est une terre fragile, déserte, indocile
Qui se déplace au gré du vent,
Une éphémère des océans,
Une presqu’île.
Qu’a-t-il bien pu dire, quel mot de trop, quel grain maudire
Qui l’a poussé à se tremper les os là ?
Un espoir de polaire, une planche bancale
Aux embruns saturés de vapeurs opalines,
Aux longs bras irisés d’une muse clandestine,
Une dépouille bohème, que les vers s’en régalent.
C’est une terre noire de vagues miroirs
Qui voyage au gré des courants,
Un prophète, un pénitent,
Presqu’un soir.
Qu’a-t-il bien pu lire, quel vers de trop, quel à salir
Qui l’a poussé à écorcher ces mots-là ?
Un refrain dépoli, une blanche qu’on décale,
Aux matins désancrés quand tout sèche à la ligne,
Une étrange portée boursouflée de vermines,
Une épure de sirène et des voix sans égales.
Qu’a-t-il bien pu dire, quelle plume en trop, quel à choisir
Qui l’a poussé à lutter dans ces eaux-là ?
L’insulaire au couteau, le nomade des mers,
A corps on a rompu les eaux,
Ta carcasse s’efface en écumes amères,
Un pavillon sans âme fiché dans le dos.
A la dérive.
A. Miloch Cineur 2016
Baladin
Tout au long des jardins
Les enfants vont si loin devant
Ils courent leur destin
Et vont comme le vent
Aux lignes de leurs mains
Ils tissent l’amour et la chance
Ils chantent leur chemin
De racines et d’errance
Toi, à l’ombre des peupliers
Tu les regardes s’envoler
L’ours et le singe manquent à la page
Tu les sais d’un autre voyage
Guillaume, t’aurais tant voulu
Aux lits des ruisseaux
Qu’est l’Arlequine devenue ?
Il se dit à demi-mots
Que dans ton coeur on l’a vue
Loin des auberges grises
De ses yeux, des jours anciens
De ces croyants sans églises
Tard un feu se souvient
Toi, à l’ombre des peupliers
Tu les regardes s’envoler
Ils vont de hameaux en villages
Ne laissent rien sur leur passage
Guillaume, t’aurais tant voulu
A la cloche de bois disparaître
Et les pieds nus renaître
L’anémone et l’ancolie
Ne poussent plus au jardin
Oublie ta mélancolie
Baladin
A. Miloch Cineur - automne 2018
An Ankou
Buvons un coup à la mémoire
Dans les découpures du vers
De Tristan Joachim Edouard
Visons la règle et ses travers
Pauvre silhouette qui beugle
Ombre que personne n'entend
Sonnent les trompettes aveugles
La lumière viendra du temps
C'était demain, ce sera hier
Il est des pièces aux mots dits
De jouissance interdits
Avilissantes et fières
An Ankou chante sur sa peau
Les amours jaunes et amères
Les actrices et les crapauds
Lui, l'insoucieuse chimère
Chantons à qui veut bien l'entendre
Le coeur mal planté dans le corps
Sirène à la grimace tendre
C'est pour toi qu'il respire encore
L'âme désancrée dans les rues
Délicieusement malade
L'homme albatros, l'ami des grues
Lui l'incident, la mascarade
Les mots sont sa seule famille
Poètubard aux rêves fous
Capitaine de pacotille
Il barre et le monde s'en fout
An Ankou chante son pays
Les écumes, les courants d'air
(Se) rature petit à petit
Amiloch - septembre 2019
HUMILIS
Chant
Comme un anathème, pauvre Humilis
Je te poème
Toi l’indigent, le subtilis
Un requiem à l’adventice
Je te bohème
Toi le mendiant, l’Illuminis
Il y a du Nouveau chez Rimbaud
Il y a du Germain dans Paris saint
Il y a de la joie dans les tripots
Du porte-à-faux dans tes dessins
Il y a les Valentines, l’errance, la terre sainte
La vie d’un sonnet d’été à l’ombre de la Zone
Il y a le mauvais cake et l’absinthe
Il y a le pain de l’aumône
Il y a du Nouveau chez Rimbaud
Il y a du Germain sur les chemins
Un dernier vers à s’en battre la route
Un madrigal et l’absoute
Comme un anathème, pauvre Humilis
Je te poème
Toi l’indigent, le subtilis
Un requiem à l’adventice
Je te bohème
Toi le mendiant, l’Illuminis
Il y a du Nouveau chez Rimbaud
Un rejet de Germain pour les Parnassiens
Il y a du mal de vivre à fleur de peau
De l’effacement dans tes desseins
Il y a l’encre si bleue qu’elle fait croire à la mer
Il y a cinq sous dans le creux de tes mains, une prière
Qui emporte au vent de l’oraison
Ton coeur, elle et ta raison
Ta doctrine
Il y a près de la fosse comme une fleur parmi les pierres
une impression fausse comme une couleur, un éphémère
Parfum de tes amours popelines
Une étincelle au jardin
De morgeline - sous tes pas
De paladin
A. Miloch Cineur 2019
Hors saison
Tombe la pluie, fait des rigoles
Des croches en sol, des seaux
Danse aux capots des bagnoles
Lui, sa place est entre deux rideaux
Tombe la pluie, fait des histoires
Des cabrioles, des sauts
Sonne sur le fond des casseroles
Lui, dessine à la buée des carreaux
Comme hors saison dans une tête
Qu'il n'a pas sur les épaules
Il cache derrière ses lunettes
Des vieux rêves de music-hall
Tombe la pluie, fait des ficelles
Des cordes en l'air, ruisseaux
Au sol branchent des archipels
Où les feuilles deviennent des radeaux
Tombe la pluie, fait des espoirs
Demain il fera beau
Lui sent les couleurs du soirs
Et signe à la buée des carreaux
Comme hors saison dans une tête
Qu'il n'a pas sur les épaules
Il cache derrière ses lunettes
Des vieux airs de music-hall
Alfred M.C. 2017
JE SUIS UN AUTRE
Chant - Capo 5 - Valse
Au jardin de Mortefontaine
A l’aube une rose fière
Défroissait là, sous la lumière
Sa robe satin
Par les fenêtres, les antennes
Semblaient une étrange mâture
La Lune gonflait sa voilure
Au petit matin
Je vois dans le miroir
Dans les bois de Mortefontaine
La belle du château voisin
Aux heures et pensées incertaines
Je l’aimais de loin
Je déambule, je lanterne
Je traîne sous un soleil noir
Il fait froid, les ombres gouvernent
C’est bientôt le soir
Je vois dans le miroir
Cet œil, ce regard
Dans les rues de Mortefontaine
Les souvenirs sont éphémères
S’évanouissent dans l’atmosphère
Sans un au-revoir
Je m’éternise à grande peine
Je me repose à la bougie
En attendant que le jour vienne
Déjà mon cœur gît
Je vois dans le miroir
Cet œil, ce regard
Je suis un autre
A. Miloch Cineur 2018
ABYSSIN
Chant - Capo 4
Y a-t-il une issue
A mon passage sur Terre
Un contrepoison aux vers
Paul où es-tu ?
Je me souviens de Charleville
Et de mes compagnons de classe
Monsieur Théodore de Banville
Que voulez-vous que cela me fasse ?
A peine sorti de Charlestown
Et de sa bourgeoisie crasse
De mon enfance assez tranquille
Et mes amours plutôt fadasses
Je descends, même, je m’encrapule
Voyez je ne suis pas poète
Arrêtez, vous êtes ridicule
Izambard vous me prenez la tête
Les années ont poli ma voix
Je ne fréquente que des voleurs
Que sont devenus mes mots, dis ?
Je suis un navire, un steamer
Au fin fond de pays maudits
Un photographe, caravanier,
Un contrebandier voyageur
Libéré de la poésie
Ama lavi balote la
Sema lavi jema la me
Et sesu le flo kejale
kejive pase mavi
Pasela
Et Même si je reste un rêveur
A travers champs le plus souvent
Paris, Aden, Indonésie,
Je n’ai plus personne à écrire
Je me suis allongé dans la boue
Je peux être heureux enfin rire
Loin de tout ce que peut Mother dire
Même en boîtant rester debout
Si les mots reviennent quelquefois
Je leur mets un bon coup de pied au coeur
Qu’ils se fassent la malle, qu’ils bourlinguent
C’est volontiers que je me perds
Arrêtez vous êtes lourdingue
Izambard vous n’êtes pas mon père
Y a-t-il une issue
A mon passage sur Terre
Un contrepoison aux vers
Paul où es-tu ?
Un vapeur au loin sous le le vent
Chante l’or et promet l’azur
Avant la souffrance et les larmes
La chaleur est insupportable
Versez-moi du verre et des armes
Et des milliers de kilomètres
A pied à cheval en bateau
Promis je rentrerai bientôt
Georges vous qui êtes si savant
Regardez je n’ai plus de maître
Noires sont les voiles de l’horizon
et infernale la saison
Bercé au chant de la césure
Je m’enracine, épouvantable
Je suis lactescent, je m’engivre
J’ai jeté l’encre, je ne suis plus ivre
Izambard je deviens minable
J’ai dix-sept ans
Et je rêve
Que j’ai des semelles de vent
J’ai dix-sept ans
Et je rêve
Je suis si loin devant
Y a-t-il une issue
A mon passage sur Terre
Un contrepoison aux vers
Paul où es-tu ?
A. Miloch Cineur 2019
PAUVRE LELIAN
Chant - Capo 3
Comme une girafe, Ô Paul
Tu dresses le col
A la fenêtre
Est-ce le matin ces lueurs
Ou bien le soir qui se meurt
Peut-être
Elle est bien loin ta Lorraine
Ca ferait un joli poème
A offrir à quelqu’un qui t’aime
Cette boîte à lettres
Regarde
C’est comme l’embouchure d’un canon
Une ouverture sur l’horizon
Peut-être
Elle est si loin ta Lorraine
Et sur un bout de papier jeté
Tu commets l’impair
A tes romances en paroles roulées, boulées
Tu donnes de l’air
Dans ton Alaska, Ô Paul
C’est tout un symbole
Cette fenêtre
Une promesse quelle que soit l’heure
De sagesse et de jours meilleurs
Peut-être
Elle est si loin la Lorraine
Et sur un bout de papier jeté
Tu commets l’impair
A tes romances en paroles roulées, boulées
Tu donnes de l’air
Au clair de la Lune, Ô Paul
Dame souris s’affole
Sous ta fenêtre
Un nuage passe au petit jour
Chevauche-le, va-t'en faire un tour
Dehors
A. Miloch Cineur 2018
Et avec un peu de chance, se retrouver en Lorraine
Et avec un peu de chance, redevenir Verlaine
LES YEUX D'ELSA
Chant - Capo 2
Dans les yeux d’Elsa
Il y a des reflets de moi
Un peu de ciel en vitrine
Et des heures passées assis là
Dans les yeux d’Elsa
Il y a comme des bruits de moi
Le murmure d’une voix sibylline
Et des heures passées assis là
On dit le soir suspendu
A notre réseau d’étoiles
Le printemps est revenu
Nos vestes enfin se détoilent
Loin
Des temps incertains
De ces jours pluvieux
Où l’amour, d’éteint,
devient silencieux
Dans les yeux d’Elsa
Il y a les restes de moi
Des lettres de contrebande
Que de mots écrits assis là
Dans les yeux d’Elsa
Il y a des lueurs de moi
Du bleuet, de la lavande
Mêmes heures, même éclat
On dit le soir suspendu
A notre réseau d’étoiles
Le printemps est revenu
Nos vestes enfin se détoilent
Loin
Des sombres matins
Des tristes adieux
Où l’amour déteint
Irrévérencieux
A. Miloch Cineur 2019
SPLEEN ET IDEAL
Chant - capo 3
Dans mon hôtel en particulier
Je m’imagine à l’atelier
Encore une heure, encore un vers
Dis mon pauvre chat maigre et galeux
Que je ne ressemble pas à ceux
Qui m’exaspèrent
Débarrassé de l’ennui de vivre
La pauvre rente de mes livres
Interrogera quelque gens
Aux yeux de Marie, Jeanne, Aglaë
Lucre, désordre et volonté
Pour seul argent
Moi j’aime l’opéra
Les mers du sud et les voiliers
C’est pas pour moi
Moi, j’aime le théâtre
Les femmes quand elles sont habillées
Qu’elles maquillent la réalité du bout des doigts
Jours aux parfums doux et passagers
Mes paradis artificiels
M’entrouvrent la porte de celle
Avec qui j’aimerais voyager
Un bouquet de fleurs maladives
Enferme mes amours captives
Et mes humeurs si singulières
Dis-moi pauvre chien sale et boiteux
Que je ne ressemble pas à ceux
Qui m’exaspèrent
Et bénies soient les heures qui dévorent
Vos jours, ma peine, l’âme et le corps
Bouquets je vous fais le serment
Que dans le secret de mes tourments
Notre boue se fera de l’or
Avec le temps
J’aime les cabarets
Les messes et la moralité
C’est pas pour moi
Moi, j’aime écouter
Le piano de madame Manet
Qui maquille la réalité du bout des doigts
Je m’en remets à la Trinité
Delacroix, Wagner et Gautier
Mes amis les portes du ciel
M’attendent, il me faut vous quitter
A. Miloch Cineur 2018
La Rumeur
Chant - Capo 3
Non, il n'y aura pas de pendaison ce soir
Pas d'éloges, pas de pleurs, pas même d'oraison
Je ne suis pas fâché de devoir te décevoir
Comprends bien qu'il va te falloir faire une raison
Le cachot m'a recraché ; cafard longtemps resté caché
La lumière n'est pas sur moi ; on ne peut pas
De quoi vas-tu bien pouvoir parler au dîner ?
Je m'en fiche, je rentre à la maison
Je ne m'en fais pas trop pour toi médire est inné
Quels que soient l'heure, le jour ou la saison
Le pouce abaissé, tu aimes tant rire au balcon
Volez, caléchez, cocher, cornez postillons
On ne peut pas toujours perdre au jeu du plus con (alors)
Laisse-moi t'adresser mes plus sincères félicitations
Le cachot m'a recraché ; cafard longtemps resté caché
La lumière n'est pas sur moi ; on ne peut pas
Autres temps, autres lieux, à bêler en public
Tu aurais suscité certes l'admiration
Comme aux heures les plus sombres, où notre République
Aurait loué ta précieuse collaboration
Je sors sans faire de bruit, presque confidentiel
Sur les chemins de nuit et je bats la campagne
Va ta porte barrer, va moucher tes chandelles
Chacun son tour de trinquer
Je m'offre le champagne
Le cachot m'a recraché ; cafard longtemps resté caché
La lumière n'est pas sur moi ; on ne peut pas
Juger deux fois.
A.M.C. 2015
Cent d'encre
Chant - capo 5
Où sont passées les Feuillantines ?
Où sont les petites filles modèles
Qu’à mes heures tendres je dessine ?
Où sont-elles ?
Je vous écris de Hauteville
En travailleur sans amertume ;
À la verrière de mon exil,
Le soleil se brise en écumes.
Cent d’encre, cent d’encre,
Ils gagneront la côte à la page et le cœur battant ;
Sang d’encre, sang d’encre,
Juliette attend
Où sont mes amours enfantines ?
À la lueur de quelle chandelle ?
Savent-elles que parfois je les rime ?
Y songent-elles ?
Je vous écris de Hauteville,
De mon rocher, mon océan ;
Je vous souffle l’idée d’une île,
Des baisers de sel et de vent.
Cent d’encre, cent d’encre
Ils gagneront la côte à la page et le cœur battant ;
Sang d’encre, sang d’encre,
Juliette attend
Les Déruchette et les Fantine,
Les agoras, les citadelles...
Au clair de leurs voix argentines
Infidèle
Je vous écris de Hauteville
Aux éclaircies de l’infortune ;
À la frontière de mon asile,
J’attends les marées opportunes.
Cent d’encre, cent d’encre
Ils gagneront la côte à la page et le cœur battant ;
Sang d’encre, sang d’encre,
Juliette t’attend
A.M. Cineur 2018
La Belle époque
Mai 1910
Sur ma bicyclette juste au bord de l'après-midi
Je regarde en l'air... Qu'est-ce que c'est ? Quel est donc ce bruit ?
Un corps machinal ; je suis ébloui
Comment le métal peut-il, par quelle diablerie ?
Et je pousse les pédales, je le suis
Longeant le canal à fond dans mes souliers vernis
Qu'est-ce qui nous arrive ?
Avons-nous donc perdu la tête ?
Nous ne sommes pas des grives ; nous ne sommes pas des alouettes
Comme quoi tout arrive... Je n'en crois pas mes lunettes.
Je lâche le guidon, les bras à l'horizontale (mais)
Pour bien faire l'avion, mieux vaut garder les pédales
Et je quitte la route, je dévale, les jambes en déroute, le pré qui m'emmène au canal
Mais qu'est-ce qui m'arrive ?
Qu'est-ce que j'ai donc dans la tête ?
Une cervelle de grive, je me prends pour une alouette
Je n'ai pas vu la rive
Je n'ai pas su garder l'assiette
L'esprit tout là-haut, je ressemble à un poisson
Qui rêve hors de l'eau de pouvoir troquer ses rayons
Contre cinq minutes au bord du ciel
Contre cinq minutes et deux paires d'ailes
Contre cinq minutes pour se remettre en selle
"Si, de l'esprit de Saint-Louis ou sur une Hirondelle, la vie est aussi belle
Je te le dis, si tu savais, petit, en avion, à vélo, comme on est bien ici
Je m'y reposerai bientôt"
A. M. Cineur - printemps 1998 et 2018
Brumaire
Au bout du pays des baudets
A la tombée des noix
On peut le voir s'ensoleiller
Se promener parfois
A la lumière, dis septembre
L'espoir qui s'accroche à ses pas
Au moins est-ce que tu le vois ?
Les fougères, dans un fossé
Lui font un lit de roi
Quatre soleils à son chevet
Il lui fallait bien ça
Vois comme le soir étincelle
Doux dans le lit, les bras de celle
Qui l'accompagne au jour le jour
Vois comme le ciel est en elle
Elle en porte à son cou
D'amour un petit bout
Vois comme les faits d'ondepluie
Réencrent les yeux de celui
Qui annonce la fin du jour
Le houx, les merles et le gui
Sont l'image de qui
Chante encore alentour
Bercent la rousseur de l'automne
Tard à l'orée des bois
Quand le crépuscule abandonne
De l'or pur à ses doigts
A la lumière, dis, septembre,
L'espoir qui s'accroche à ses pas
De loin est-ce que tu le vois ?
La bruyère fredonne tout
Ici n'est miracle qu'une fois
Sous la mousse drapé d'hier
Chemine orgueilleux et fier
Brumaire et qui vivra verra
Au bout du pays des baudets
A la tombée des noix.
"De ma fenêtre ronde et à ciel ouvert"
A. M. Cineur février 2017
Le temps des grèves
Au temps des grèves
On allait tous au p'tit matin, quel que soit le temps
A l'heure où le bourgeois dort encore tranquillement
C'est une question d'reproduction, chacun ses rêves
Au temps des grèves
y'avait Aurore, Léon, Marie-Louise et son frère
Albert, Fernand et Maurice qui parlaient de la mer
J'y pense souvent, souvent
Aux vents d'est : nos matins, nos espoirs
Aux vents d'ouest : nos chagrins, nos soirs
Au temps des grèves
On se donnait tous rendez-vous sur le vieux port
Une main sur le coeur, l'autre au ciel, j'y crois encore
Quand c'est question de conviction, les poings se lèvent
Au temps des grèves
Macas, manoqueux se r'trouvaient sur le carreau
Dans les yeux d'Maurice et d'Albert, y'avait de l'eau
J'y pense souvent, souvent
Aux vents d'est : nos matins, nos espoirs
Aux vents d'ouest : nos chagrins, nos soirs
Au temps des grèves
A ciel ouvert, pavés, Paname, aux yeux d'Aurore
Que de promesses populaires j'entends encore
Quand c'est question d'admiration, chacun se rêve
Au temps des grèves
Aurore, Albert, Léon, Marie-Louise et son frère
Maurice et moi, en silence, on r'gardait la mer
J'y pense souvent
Souvent
A la mémoire de Fernand - 1948
Alfred
Voyager léger
Voyager léger
Elémental, un peu d'air chaud
Sans regret s'alléger
Délester un matin, à quatre fils sous un chapeau de lin
Allez viens, frère montgolfier, fier au gré du vent filer
Chasser l'air de rien
Voyager léger
Occidental, en quelques mots
Sans regret s'embarquer
Partir un peu plus loin, au pavillon des sans-drapeau, c'est bien
Allez viens, frère marinier, fier, l'âme en acier trempé
Claquer les filins
Voyager léger
Sentimental, sans un manteau
Sans regret, s'enrailler
Partir avec entrain, le long des voix, au plus serré des liens
Allez viens, frère passager, fier et sans arrière-pensée
Faire un bout de chemin
Turn off by fair mean or foul
Turn of the tide for sound'n soul
A. Miloch Cineur - 2011
Le chemin des ifs
Au p'tit village, je vais de temps en temps
Saluer Estelle, saluer les grands-parents
Qui habitent le chemin des ifs.
Au p'tit village, un vendredi sur deux
On voit l'Père Lamoureux rendre visite à sa mère
S'arrêter chez son n'veu emménagé la semaine dernière.
Et que l'on soit de marbre et d'or
Ou bien de chaille, de bouton d'or
Nous y sommes, Rousseau ou Voltaire
Protégés de la même terre.
Au p'tit village, une fois par an, c'est la fête
On voit plus de passants, et c'est chouette
On se salue de la tête, on retrouve des copains
Quelquefois on s'arrête devant l'appartement témoin.
Au p'tit village, il y a un boulanger
Le traiteur, un comptable
Un notaire, un curé
Trois ou quatre notables
Et des sans-fleurs au bout de l'allée.
Et que l'on soit de marbre et d'or
Ou bien de chaille, de bouton d'or
Nous y sommes, Rousseau ou Voltaire
Protégés de la même terre.
Voisins, le fou, le sage, le riche et l'indigent
Dans les lignes, à la marge, bulletin qu'il soit bleu, rouge, blanc
Car que l'on soit de marbre et d'or
Ou bien de chaille, de bouton d'or
Nous y sommes, Rousseau ou Voltaire
Protégés de la même terre.
Manteau de soie surfilé d'or
Chapeau de paille, tricot de corps
Nous y sommes Voltaire ou Rousseau
Arrosés par les mêmes eaux
Quand il pleut sur le chemin des ifs.
Alfred Miloch Cineur - 2012
Valse à Flore
(Au café d'en bas)
Au café d'en bas, je redoublais Baudelaire,
J'écrivais pour te plaire,
des chansons bidons qui ne pouvaient être que de moi
Tu étais si hautaine, j'avais le nez en l'air
J'écrivais pour te plaire,
Des mots, c'est idiot, mais je ne sais faire que ça.
Fleur de canacana, faut pas trop s'en faire
Toujours de l'avant / Aller tout droit
Au café d'en bas, je torturais Molière
Je brouillonnais par terre
Ton prénom au cas où tu passerais par là
Dans le dix-huitième, j'éteignais les lumières
Philosophe réverbère
Je me croyais drôle et jardinier sur le toi
Fleur de canacana, faut pas trop s'en faire
Echanger quelques vers
Aimer comme ça
Des années plus tard, guitare en bandoulière
J'ai gardé tes yeux verts
Qui me hantaient, me hantaient
Me hantent encore
Aujourd'hui voilà, roulette russe et Voltaire
Michard et Lagarde errent
sur la table en fer y'a plus qu'un café froid.
Fleur de canacana faut pas trop s'en faire
J'attends simplement
Des nouvelles de toi
Amiloch - 2010
La vieille maison
Un jour, tu passeras près de la maison. Tu viendras de Paris, de New York ou d'ailleurs -
Chacun sa vie, son histoire, ses raisons. Au jardin, peut-être qu'il y aura des fleurs :
des églantines, des roses, des pensées envahies de lierre qui, pour un temps, décloses, fredonnent l'air d'une heure où le temps dépose l'écho de mes histoires qui court entre les pierres.
Murmurées, des amours que môme, on peine à dire.
Don't wasting your time, enjoy as it goes by
Un jour, tu passeras près de la maison. Tu viendras d'Italie, de Newport ou d'ailleurs - Chacun ses îles, ses rêves, ses horizons... Les miens sont bien rangés à l'intérieur d'une boîte en vieux bois de rose avec des photos d'avant-hier ; un rien, deux trois petites choses légères ; une boîte où le temps dépose le souvenir du son de l'eau sur les gouttières et, pliés, des mots qu'on ose à peine lire.
Don't wasting your time, enjoy as it goes by
Ce n'est rien que le cours des choses qui dort là, sur une étagère, qui attend que quelqu'un ose.
Au jardin, c'est sûr, il y aura des fleurs.
Amiloch 2008
La Navale
- capo 4 -
Si je glisse
C'est que je retourne à la mer
Pente oblique
Le voyage est offert, merci la compagnie générale
Une fortune de mer comme aux plus beaux jours de la Navale
Aux odeurs des solvants
Les gars et la poussière qui s'incrustent
Aux berceaux des géants
Il reste un peu de lumière
Des amitiés insabordables
Des amours nées du sable
J'emporte avec moi nos luttes et nos idées, nos amours magnifiques
Promis je garderai même liés les poings serrés dans l'Atlantique
Si je glisse
Je garde en point de mire la mer
Pente oblique
il n'y a plus rien à faire, la compagnie peut bien sombrer, c'est ma dernière escale
Le port de Saint-Nazaire ne fait plus le sort de la Navale
Des formes à l'océan sans regarder en arrière
Comme le plus beau des géants
Sans regret quitter la terre
Finir à quai m'est insupportable
Donner de l'arrime aux vers, impensable
J'emporte avec moi nos luttes et nos idées, la grève est désertique
Promis je garderai même liés les poings serrés dans l'Atlantique.
Amiloch 2012 (Musique E. Mahé)
La retraite
Toi ma vieille
Quand j'étais gamin / J'te r'gardais passer / Quelle indifférence
Ca t'faisait marrer / Ma vie d'écolier / Tendresse et jouvence
On n'avait pas l'temps d'se parler mais c'est pas bien grave promis j'm'en souviendrai
Ou peut-être pas
Ca arrive parfois
Dis : est-ce que tu voudrais bien m'emmener par la main ? On dirait qu'on serait hier...
Si on allait par les chemins de terre ?
Tu m'as laissé lors de tes conquêtes, un sourire en coin.
A l'heure de sonner la retraite, le temps m'est témoin
Tourne, tourne, l'âge d'or / Va, va, conquistador / Loin
Toi ma vieille
C'est bientôt demain / T'as pas trop changé / Maintenant qu'j'y pense
Ca me fait marrer / Voilà on y est / Sagesse et patience
On aura l'temps de se parler on a quelques années pour mieux faire connaissance
Ou peut-être pas
Ca arrive parfois
Dis : est-ce que tu voudrais bien que l'on traine au jardin pour faire machine arrière ?
Si on allait par le chemin de fer ?
Je vais laisser l'or des conquêtes, un sourire en coin
C'est l'heure de sonner la retraite et tu m'es témoin
Quel temps fait-il dehors
Est-ce que le petit dort bien ?
Amiloch 2014
L'an de lin
Filent les fées, chantent les chemins
Follets les feux du fond de la lande
Dansent les dés, mentent les matins
Soufflent les vents vers l'an de lin
Sang de callune et pousses de misère
Germinal à l'eau des rivières
Fils d'infortune, de mers inconnues
Si t'avais su
Chanvre les cordes nous vont si bien
D'autres viendront du fond de la lande
Fument les feuilles, luttent les lutins
Nous reverrons tous l'an de lin
Trèflent les coeurs et harpent les mains
Libellules on lie l'an de lin
Quand Lune et l'autre viendront demain
Nous volerons vers l'an de lin
Flamment les flûtes et grillent les grains
Maltent nos pieds, brument nos mains
Tourbent les terres, nous y serons bien
Titrons l'Ether de l'an de lin
Sans de callune et pousses de misère
Sans rancune levons nos verres
Fils d'infortune, de terres inconnues
Si t'avais su...
Amiloch - 1998
L'âme des ruisseaux
Marcher
Sans dire (cela va sans dire)
Le soir (des rives et des virages)
Au courant clair des Ondines
Longer les roseaux
Passer (passer, toujours repasser)
Sourire
Au soir (à l'abri des regards)
Entre les feuilles des Saulines
Longer les roseaux
Echarpé de brume au matin
Echarpé de Lune le soir
S'échapper sans se mouvoir
Se dire que tout ira bien
Lever (déjà le jour, se lever)
Le lire (toujours avec plaisir)
Et croire (comment peut-on n'y pas croire)
Aux élans félins des Fauvines
Longer les roseaux
Corder (ma béquille en la ré sol)
Ecrire (écrire, toujours écrire)
Echoir (sous trois étoiles)
Au soleil du sol des Sylvines
Echarpé de brume au matin
Echarpé de Lune le soir
S'échapper sans se mouvoir
Se dire que tout ira bien
Entrer (faut bien finir par rentrer)
Dormir
Le soir (et si possible à l'heure bleue)
Esquisser l'âme des ruisseaux.
Amiloch - 2017
La nuit est folle
Comme tous les soirs à la même heure, pour reteindre d'un autrefois les tons présents de ce ciel bas, je respire un peu les couleurs.
La nuit traîne en incertitudes, me chuchotant quelques nouvelles à l'envers de ses habitudes. "Regarde-moi bien", me dit-elle : "je vais te décrocher la Lune, la plier dans un arc-en-ciel, la vendre, assurer ta fortune !" Je m'appuie contre ses paroles qui se démaillent et puis s'emmêlent. Je crois bien que la nuit est folle.
Tous les mots qu'elle dit m'impressionnent, à force d'aller, de revenir, de rebondir sur mes souvenirs - j'en ai les idées qui bourdonnent.
Elle me cherche une ou deux ficelles pour ligoter sa solitude et divorcer de l'éternel, ce qui me donne la certitude que pour me vouloir me décrocher la Lune, la plier dans un arc-en-ciel comme un vulgaire tapis de brume, s'appuyer contre mes paroles que je démêle pour qu'elles s'en aillent, il faut bien que la nuit soit folle.
J'aimerais qu'elle me laisse tranquille discuter avec le Soleil. Il faut que l'un de nous s'exile ; déjà le matin se réveille.
Amioch - 1993( musique B. Penisson)
Un égocentrique absolu
Toi, oui toi, l'arbre si fier
Méfie-toi, laisse passer ma lumière
Comment ça, tu ne veux pas ? Qu'es-tu donc pour me parler comme ça ?
Tu n'es rien que les feuilles de mon rêve
Je doute de toi, alors que l'arbre crève. Il n'existe pas.
Toi, oui toi, le rocher si dur
Pousse-toi, ne sois pas si sûr
Comment ça, tu ne peux pas ? Qu'es-tu donc pour me parler comme ça ?
Tu n'es rien qu'un caillou de mon rêve
Je doute de toi, alors que le rocher crève. Il n'existe pas.
Je suis un type égocentrique. Le monde où vous êtes est mon rêve. J'ai le pouvoir fantastique, moi l'être humain, moi l'être unique, de supprimer ce que je veux.
Je doute et hop ! C'est fabuleux
Non, pas toi, tu es mon amour
N'essaye pas de changer mon discours
Comment ça, tu t'en vas ? Qui es-tu pour me quitter comme ça ?
Tu n'es rien que le coeur de mon rêve
je doute de toi, alors que mon amour crève. Il n'existe pas.
Moi, oui moi, qui vous ai créés
Je me vois, me serais-je donc rêvé ?
Alors là, je n'y crois pas... Que se passe-t-il ? Je doute de moi
Je ne suis rien que l'esprit de mon rêve
Si je doute de moi, il faut bien que je crève.
Je n'existe pas.
Amiloch 1996